... Les chefs de section, les caporaux se prodiguent:
—Les bidons pleins d'eau ... préparer les masques ... deux hommes par escouade pour les grenades....
... Chignole, assis dans sa cagna, attend, le fusil entre les jambes.
C'est le premier assaut; il n'a ni courage, ni peur; pas d'enthousiasme, mais le sentiment obscur d'un grand devoir.
Ça n'est plus l'aviation avec l'attrait de l'exploit individuel, son chic, son escalade ailée. Désormais, fils de cette terre déchirée par le fer ennemi, il va lutter pour l'arracher au ravisseur; enfoncé en elle jusqu'aux chevilles, il est le glorieux forçat rivé à son martyre.
Jamais l'idée de patrie n'avait germé dans son cerveau simple, impropre aux abstractions, et voilà qu'elle se lève, cachant la boue et la fange sous son manteau aux trois couleurs.
La France est là, devant lui:
—Va mon p'tit gars!... tu seras brave parce que je marcherai devant toi. Prends ma main ... elle est fiévreuse, mais sa tiédeur te rappellera celle de mains chéries....
Regarde mes yeux.... Tu les reconnais, n'est-ce pas? Ce sont ceux de ta mère, de toutes les mères, aveugles d'avoir tant pleuré ... et puisque tu peux mourir ... eh bien! sur mes lèvres séchées au vent de la bataille, viens cueillir le baiser de celle que tu aimes....
—Grenadier, aux parapets!... Baïonnette ... au canon!...