... Nous sommes bien sur le point à bombarder; de nouveaux éclatements nous le confirment.
—Descendez ... on vous demande!
... Chignole déclenche les bombes qui en dessous de nous décrivent de grandes circonférences avant de trouver leur perpendiculaire. Demi-tour et vent dans le dos, nous fuyons vers la France. Les nuages se sont élevés, et voilà bien notre guigne, nous allons revenir dans un ciel d'une limpidité parfaite.
—Ne t'endors pas!
—J'ouvre l'œil, Vieux Charles....
—En voilà un....
... A travers la glace du plancher, j'observe un fokker qui monte vers nous....
—Heureusement on a le vent!...
... Leurs canons se sont tus; l'oiseau aux croix noires se rapproche ... et nos lignes sont encore à dix kilomètres.... Nous sommes obligés d'accepter le combat, dans des conditions défavorables, puisque c'est un avion de chasse.
Je pense à mon compagnon dont ce sont les débuts. Comment va-t-il affronter le Boche? Comment va-t-il nous défendre? Une main à la bande, l'autre à la crosse de la mitrailleuse, les yeux fixés sur l'agresseur, Chignole me paraît faire bonne figure. L'ennemi est à notre hauteur; il vire brusquement et pique pour nous prendre en dessous; je fais la même manœuvre en sens inverse et nous nous trouvons nez à nez pendant quelques secondes. Sa mitrailleuse crépite.... Tac ... tac ... tac ... tac ... je n'entends pas la nôtre....