Un remous brusque; nous penchons ... glissons ... et j'entends nettement malgré le ronflement du moteur un craquement sinistre; des éclats de bois sautent à l'avant. Je baisse la tête; Chignole se couche sur mes épaules.... Je rétablis à grand'peine....
—Alors?... Touché?...
—J'sais pas.... J'crois pas!...
Je vire, et, plein gaz, je pousse à fond vers nos lignes, accompagné par la rafale des obus et le crépitement des mitrailleuses.
Enfin, nous franchissons nos tranchées; le calme.
Content, je me retourne; mon sourire se fige devant la figure décomposée de Chignole.
—Regarde.... Regarde.... Boudou est blessé!...
Des convulsions secouent son pauvre petit corps crispé; ses pattes se raidissent; sa tête, à l'abandon, roule lamentable à chaque mouvement du biplan; de son ventre, le sang coule lentement....
————
Boudou va mourir. Nous l'avons étendu sur l'herbe. Autour de lui, nous formons cercle, comme pour un ami.