... Dans le wagon-restaurant, nous attaquons les hors-d'œuvre, et c'est le prélude des quarante-huit heures de permission que nous vaut la saucisse descendue.

Avec nous, des officiers de toutes les armes et de tous les grades; quelques civils âgés, naturellement.

—Dans quel secteur, maintenant?... Votre batterie, où était-elle en dernier lieu?... Ça marmitait dur.... Oui, le petit chemin creux.... Nous avons été relevés, le deuxième jour ... alors.... Evacué, ce pauvre vieux?... Vous dites ... les deux jambes?... Moi, je préférais la Champagne.... Il est traître, leur 87 autrichien!... La prise du blockhaus ne fut pas commode.... Faudra bien que ça finisse un jour.... Du beau temps, alors ça irait!... Venez un matin à la popote.... On les aura....

... Mon compagnon s'absorbe dans la contemplation des poteaux télégraphiques. Des trains nous croisent, chargés de fers aux profils différents, de piquets, de caissons sous des bâches.... La campagne mouillée est déserte; seul, un convoi gris, sur la route blanche, l'anime un peu.

—Pas mal, ce dining-car, comme disent les Tommies.... Mais, entre nous, ça manque de femmes!...

—Il est certain que la guerre en manque....

Chignole avait commencé le voyage en petit jeune homme bien sage, plongé dans les journaux illustrés, mais, d'heure en heure, une sorte de fièvre le gagne, et, le déjeuner commencé posément, s'achève moins bien.

—Combien as-tu à ta montre?

—Deux heures.

—Tu retardes!... C'est impossible.... Alors, il ne gaze pas, ce train!... Quel outil!