De grosses gouttes limpides roulaient maintenant des yeux de la jeune fille sur ses joues pâles ; elle put balbutier :
— Elle voulait venir vous soigner… On le lui a défendu… Alors, je suis venue.
Le prince, de sa main droite, prit une main de Madeleine et la posa sur le lit, sans la lâcher. La petite main souple ne résista pas, et le prince la sentit chaude et palpitante dans la sienne comme un pigeon captif.
— Ne pleure pas, dit-il. Je te remercie. Allons ! ne pleure pas, et montre-moi tes yeux.
Elle obéit, releva son visage rayé de pleurs et ses grands yeux gris dont le prince eut peine à soutenir le regard… Il avait du cœur des femmes une trop parfaite expérience pour ne pas entrevoir ce qui s’était passé : Stéphanie débordant encore de passion amoureuse, incendiant par son contact cette âme d’innocente, l’absorbant, se l’identifiant… Que de fois il avait constaté l’attraction que sa légende d’amour exerçait même à distance sur des inconnues !… Cette nouvelle expérience le divertit et, malgré la longue prostration sensuelle où la perte de sang, la souffrance et la fièvre l’avaient plongé, remua, bien faiblement encore, les cendres où dormait son désir. Ainsi Stéphanie, dans son ardente retraite, brûlait encore pour lui. Si elle n’était pas à son chevet, c’était qu’on l’avait tenue prisonnière. Et cette enfant à coiffe de béguine lui apportait, avec leur double vœu de le guérir, l’holocauste de son cœur innocent. Les deux images se mêlèrent un instant dans sa pensée, que traversa en même temps un geste nu de la Montarena. Il sourit à Madeleine.
— Je te remercie, répéta-t-il… Tu ne pleures plus ?… C’est bien… Il ne faut pas gâter tes yeux.
La petite main captive essaya un instant de se dégager, puis tout de suite se soumit.
— Alors, reprit le prince, cela te ferait plaisir de rester près de moi ?… de me soigner ?
— Oui, monseigneur.
Il appela :