—Ah! mon enfant, je suis heureux de ce que vous me dites là!... Mais alors, si vous n'avez pas succombé, si vous n'avez pas même été tentée, ce que je crois comprendre, pourquoi ces larmes... pourquoi?...
Elle, rassérénée maintenant, pesait ses mots pour bien préciser sa pensée.
—Mon Dieu, mon père... c'est vrai que je n'ai pas été absolument tentée... Voyez-vous, il me semble impossible que je succombe jamais de cette façon-là, impossible... (elle chercha une comparaison) impossible, comme de prendre chez une de mes amies un billet de banque oublié sur une table... comme de faire souffrir quelqu'un... tout à fait impossible. Mais en conscience, ce que je ressens pour Maurice me paraît mal tout de même, m'inquiète et me chagrine. Oh! dire pourquoi, je ne saurais pas, et c'est pour cela, justement, que je m'adresse à vous... Je souffre de ne pas distinguer mon devoir... vraiment, je souffre.
—Vous aimez ce jeune homme? dit le prêtre.
—Est-ce l'aimer?... je ne suis pas bien habile à démêler ce qui se passe en moi... Il y a des moments où je me dis: «Quelle folie de me tourmenter! j'aime Maurice comme j'aimerais un fils, si j'avais eu le bonheur d'en avoir un» (et je pourrais presque en avoir un de son âge).—À d'autres moments, je trouve qu'il y a tout de même dans mon affection quelque chose de... pas permis; quelque chose de pareil à ce que je rêvais de ressentir, étant jeune fille, pour mon futur mari... Et puis, Maurice surtout m'inquiète. Il n'est pas raisonnable; il me demande des choses que je ne dois pas lui accorder.
—Quelles choses? questionna l'abbé.
—Mais, fit Mme Surgère en inclinant son visage où une buée rose s'évapora... il veut, par exemple, garder ma main dans sa main, ou sa tête sur ma poitrine, ou bien...
Elle hésitait; l'abbé suggéra:
—Des baisers?
Elle fit un signe de tête affirmatif.