—Vous êtes admirable, dit le médecin.
—Admirable, mon Dieu! répliqua-t-elle avec un sourire très triste. Je ne me trouve guère admirable, moi. Enfin, le plus rude de la besogne est fait. Il nous reste à rappeler Maurice. Je m'en charge. Jusque-là, si vous voulez, nous oublierons toutes ces choses... Je veux que ce retour et le mariage aient lieu sans bruit, tout simplement. J'étais l'obstacle; je m'efface.
Daumier lui baisa la main. Il cherchait des mots pour exprimer son émotion. Mme Surgère mit un doigt sur sa bouche:
—Pas une parole jusque-là! C'est promis? Et maintenant, descendons.
VI
Depuis trois jours, Maurice attendait anxieusement, à Heidelberg, la réponse de Claire. Qu'allait-elle répondre, si elle répondait? Et que pouvait-elle répondre dont il fût satisfait? La situation était sans issue pour elle comme pour lui. Un seul événement aurait pu mettre son cœur en repos; il était impossible, sûrement impossible, et pourtant il s'attardait souvent à le rêver: Claire quittait Paris et le rejoignait en Allemagne, comme naguère Julie. Oh! le voyage avec elle, avec Claire, cette taille souple serrée contre lui, et le baiser de ces lèvres rouges et l'odeur de ces noirs cheveux crêpelés... Une à une, il avait le cruel courage de revivre par le souvenir les journées, les minutes de Cronberg, la jeune fille substituée, dans ce rêve, à la maîtresse trahie... Et subitement, en plein rêve, il recevait comme un coup de poignard le choc de la dernière parole de Julie:
«Si tu reviens ici avec une autre femme, et que la petite Kœthe te demande où je suis, tu lui répondras que je suis morte, n'est-ce pas?»
Le troisième jour, une lettre arriva. Il reconnut sur l'enveloppe l'écriture de Julie. «Pauvre Julie! Encore des tendresses vides... Encore des:—Je t'aime, mon adoré! Tu manques bien à ta Yù!...» Mais, quand il eut ouvert le papier, parcouru les quelques lignes qu'il contenait, il fut réveillé en sursaut de son indifférence.