—Ah! je t'aime, je t'aime!
Elle lui tendit son front qu'il baisa violemment. L'exorcisme était rompu. La joie de la victoire chassait de son cœur les derniers remords, les dernières pitiés, les dernières fumées de regrets.
Mais les mots manquaient à leurs pensées, les forces à leurs gestes. Claire retomba sur la chaise où elle était assise, Maurice à ses pieds. Et tout naturellement, parmi cet écroulement de tout son passé, où seule l'enfant que voici subsistait, il sentit le besoin de s'abriter au seul refuge qui lui demeurât. Il réfugia son front contre ce sein débile, comme autrefois contre le sein de sa jolie mère, comme encore hier contre le sein de Julie. Claire murmura tout à coup:
—Maurice!
Il releva la tête; il regarda. Julie était là dans l'encadrement de la portière soulevée. Elle avait longuement repu ses yeux de ce spectacle: son amant appuyé contre un autre sein de femme; et sa pâleur était si effrayante que Maurice eût été moins surpris de la voir choir à terre, foudroyée, morte, qu'il ne le fut de la voir marcher droit devant elle, comme une somnambule, passer à côté d'eux sans parler, sans pleurer, ouvrir la porte d'un geste raide, disparaître.
Elle était partie; son pas, un instant perçu sur le tapis du vestibule, ne s'entendait même plus... Ils l'écoutaient encore, bouleversés par cette apparition de la douleur humaine... Ils comprirent, sans l'avouer, que parfois, dans l'avenir, leur bonheur serait traversé par l'apparition de cette sacrifiée.
—Pauvre femme! murmura Maurice.
Claire glissa son buste contre l'épaule de son fiancé. Déjà savante de son pouvoir, elle lui tendit la coupe où l'oubli se boit des trahisons sentimentales, ses rouges lèvres de neuve amoureuse, et ses yeux disaient clairement:
—«Bois!»
Il se pencha. Et dans ce baiser, d'un grand trait, il but l'Oubli. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .