Le baron de Rieu, jeune député d'Ille-et-Vilaine, entra: grand jeune homme, blond et mince, très sérieux, très soigné, l'air d'un professeur élégant. Sa venue parut faire plaisir à tout le monde. Il était en frac. Il s'avança avec aisance vers Mme Surgère, lui baisa la main, salua Claire avec la même correction un peu cérémonieuse, puis serra les mains d'Esquier, et aussi les doigts gourds que lui tendait Antoine Surgère.

—Je viens vous enlever, dit-il à Maurice.

—Oh! cela, fit le jeune homme avec un sourire crispé, voilà qui m'étonnerait, par exemple!

—Emmenez-le, Rieu, fit Esquier. Il est insupportable, ce soir. Il ne s'interrompt de bouder que pour nous dire des choses désobligeantes. Emmenez-le, ou plutôt, si vous pouvez, envoyez-le où vous allez et restez avec nous.

—Où donc allez-vous, ce soir? demanda Mme Surgère.

—Je vais à la salle Wagram, où le prince de Cornouailles fait une conférence contradictoire pour les ouvriers de deux de nos cercles catholiques.

—Comment, vous là dedans? fit Maurice dédaigneux.

—Oui, moi là dedans. On a déjà essayé cela dans les églises, et cela a eu beaucoup de succès.

—C'est insensé, fit M. Surgère.

C'était la première parole qu'il prononçait; sa maladie lui donnait un accent sifflant qui aiguisait les mots. Ceux-ci, coupant net la conversation, firent un silence profond.