-- Nous serons tranquilles ici, personne ne viendra nous déranger. Je ne consentirais jamais, comme maman et Jacqueline, à livrer l'intimité de mon appartement à des étrangers, -- même un soir de bal.
Ces mots, qui le mettaient si nettement à part dans la pensée de la jeune fille, achevèrent de panser le coeur de Maxime. Il s'assit, comme elle l'y invitait, sur une chaise longue couverte de coussins; elle-même s'assit sur une chaise. Une tablette chargée de mille objets de toilette féminine les séparait; la lampe d'argent, avec un abat-jour d'argent, sans fanfreluches, mais d'un exquis travail d'orfèvrerie Renaissance, posée sur un chiffonnier voisin du lit, éclairait un cercle étroit d'une clarté assez vive, laissant noyé de crépuscule le reste de la chambre.
-- Vous voyez que je vous tiens parole, dit Maud; je vous avais promis un moment de causerie en tête-à-tête: nous sommes tranquilles ici, et si j'ai tardé jusqu'à présent, ne croyez pas que ce soit par caprice. Je ne voulais pas vous parler des choses graves qui nous intéressent avant que nous nous fussions retrouvés dans le monde.
-- Mais... interrompit Maxime.
-- Laissez-moi m'expliquer. Nous ne nous sommes pas beaucoup vus, mais comme je vous ai bien observé et que j'ai beaucoup pensé à vous, il me semble que je vous connais bien. Vous croyez m'aimer...
-- Oh ! Maud !
-- Ma phrase ne vous convient pas ? Je la change: vous m'aimez à votre façon, c'est-à-dire avec un fonds de rancune contre moi et contre le penchant qui vous porte vers moi. Ne dites pas non: vous enragez d'aimer une Parisienne, une mondaine, il suffit que vous m'aperceviez mêlée au monde pour que cette rancune se réveille. Tout à l'heure, parce que je dansais avec un ami d'enfance, vous avez douté de moi une fois de plus.
Elle pausa un instant sur ce reproche qui fit baisser la tête à Maxime. Il s'apparut comme un coupable indigne de pardon, et combien la contrition lui fut douce !
-- Vous doutez de moi parce que je valse avec un de nos invités, le soir d'un bal chez moi. Et vous n'avez encore aucun droit sur moi ! Si je vous en donne, comment en userez-vous ! Comprenez-vous pourquoi j'hésite à vous choisir pour maître ?
Maxime répondit à voix basse: