Ils s'assirent, la tenant entre eux. Etiennette, par brèves réponses, racontait la nuit.

-- Et que vas-tu faire maintenant ? demanda Maud.

Elle eut un geste d'incertitude et de découragement.

-- Écoutez, ma chère enfant, dit Paul Le Tessier. Maud et moi, nous sommes d'avis que vous ne pouvez pas demeurer ici, dans cette maison vide, tout de suite après la mort de votre mère. Voici donc ce que je vous propose,d'accord avec elle et avec Mme de Rouvre... Oh ! soyez tranquille, reprit-il, répondant à un geste de refus qu'il devinait. Je ne vous offre aucune espèce de secours, bien que, vous le savez, je sois à votre disposition, comme pourrait l'être un frère aîné... Mme de Rouvre va venir pendant un mois s'installer à Chamblais, avec Maud et Jacqueline...

-- Oui, interrompit Maud. Tu devines pourquoi, n'est-ce pas ? Il n'y a pas d'autre moyen, je crois, de calmer la jalousie de qui tu sais. Et puis, du reste, j'ai horreur de Paris... Veux-tu venir avec nous ? C'est maman et moi qui t'invitons; aucune raison de refuser.

Etiennette ne répondit pas tout de suite. Sa logique de fille raisonnable et expérimentée lui disait: "Décidément, Paul songe à m'épouser... Et Maud a peur de Suberceaux si elle reste à Paris. Cette combinaison arrange tout le monde. N'importe, c'est bien de m'avoir fait une part dans leurs projets."

Elle embrassa Maud:

-- J'accepte, ma chérie, et je te remercie.

Et comme Paul à son tour l'embrassait, elle se sentit soudainement si réconfortée par cette étreinte qu'elle pensa, plus tendrement que jamais: "Il m'aime bien... C'est bon d'être aimée ! Cher ami !"

IV