Elle se retourna lentement:
-- Comme tu es injuste ! Est-ce que je ne te reçois pas ici autant qu'il te plaît ? Est-ce qu'on nous surveille ? Est-ce qu'on t'empêche de rester dans ma chambre ? Ma mère a fini par trouver cela naturel et les domestiques sont dressés.
-- Non, fit Suberceaux... C'est tout autre chose que de t'avoir à moi, chez moi. Tu dis que les domestiques sont dressés, eh bien ! moi qui n'ai pas peur, n'est-ce pas ? moi qui me moque d'une balle ou d'un coup d'épée... je me trouble en arrivant ici, devant les mines sournoises de ce Joseph et cette Betty... Ta mère a les yeux bandés, elle ne verra jamais rien: soit ! cela me gêne tout de même de lui dire bonjour; j'entre plus librement quand je sais qu'elle n'est pas ici. Et Jacqueline ?
-- Oh ! Jacqueline... Une enfant !
-- Une enfant qui voit tout... et qui sait nous faire comprendre qu'elle y voit.
Maud s'approcha du visage de Julien, et lui tendit sa bouche, qu'il effleura.
-- Je t'aime. Cela doit te suffire... Veux-tu les commodités des amours de bourgeois, quand tu aimes une jeune fille ? Regarde-moi; ne peux-tu pas souffrir un peu, pour m'avoir ?
Julien murmura tristement:
-- Je ne t'ai jamais eue.
-- Ne dis pas cela. C'est de l'ingratitude et du mauvais amour. Je t'ai donné de moi tout ce que je pouvais te donner...