-- Il m'a dit... il allait me dire, du moins, car je ne lui ai pas permis d'achever, que vous aviez été sa ... (le mot se brisa dans un sanglot sec) sa... maîtresse.

Elle marcha à Suberceaux et demanda:

-- Tu as dit cela ?

Il ne nia pas. Il balbutia seulement son nom:

-- Maud...

Sans proférer un mot de reproche, elle le regarda encore, un long moment, avec des yeux qui changeaient, se chargeaient d'hostilité et de mépris. Puis, d'un seul geste en coup de fouet, elle lui sabra le visage de son ombrelle, qui se brisa en deux, lacérant la peau qui saigna.

-- Va-t'en ! dit-elle, jetant les morceaux à terre.

Il tremblait comme un enfant qu'on vient de châtier. La brève douleur de ce cravachement, pourtant, lui fut chère, il chercha la caresse dans cette brutalité. Mais le regard de Maud, arrêté sur lui, lui ôtait toute force... Il ramassa son chapeau d'un geste machinal.

-- Va-t'en ! répéta Maud.

Lentement, il remit son chapeau bossué, sali de terre. C'était douloureux, affreux, cet écroulement brusque de la dignité d'un homme sous l'impérieuse violence d'une femme, et le coeur de Maxime, à ce spectacle, se leva d'indignation. Lui, Suberceaux, ne voyait plus Maxime, ni l'endroit où il était; il ne voyait que Maud, et peu lui importait d'être humilié. Il ne pensait que ceci: "Maud irritée... et la seule chance d'être pardonné, obéir, obéir vite."