-- Mais quels maris trouveront-elles, celles que vous appelez des demi-vierges ?
-- Les demi-vierges ? Elles épouseront des barons en "toc", d'importants industriels guettés par la faillite, des hommes splendides, rongés de maladies mortelles, toutes sortes de maris de façade qui s'écroulent un mois ou un an après la noce, car c'est un étrange châtiment de ces petites trompeuses d'être leurrées presque infailliblement par le mariage, avec quoi elles voulurent biaiser. Et puis, comme la Providence est une fantaisiste de plus gaies, quelques-unes aussi se marieront avec un honnête homme et seront des épouses modèles, doublées (pour leur mari) de maîtresses expertes. N'importe ! Le risque est trop grand, je ne prendrai jamais femme à Paris. C'est folie d'y vouloir chercher la merlette blanche: trop de merlettes noires se teignent en blanc... Je me contenterai d'un volatile moins rare, dont la couleur est plus solide.
-- Lequel ?
-- Une petite oie blanche, née et nourrie dans un coin de province.
Et s'apercevant que le visage de Maxime se contractait de nouveau, il ajouta:
-- A moins de rencontrer une fille supérieure, comme Mlle Maud de Rouvre, un caractère d'une trempe rare, au-dessus de toutes les calomnies.
Hector eut la récompense de cette phrase aussitôt, à voir s'éclairer le visage de Maxime; il surprit l'ébauche d'un geste, aussitôt réprimé, pour lui prendre la main et la serrer.
"Suis-je coupable, pensa-t-il, d'agir avec ce garçon comme un médecin avec un malade ? Si je lui disais la vérité, il se tuerait ou tuerait quelqu'un. Et la vérité, la sais-je moi-même ? On ne sait jamais rien. D'ailleurs, il peut être heureux avec elle, quoique trompé, et, comme dit Werther, est-ce une duperie que le bonheur ?"
La cour s'emplissait de l'agitation de l'entr'acte.
-- Nous entrons ? demanda Hector.