-- Pour cela seulement ? murmura-t-il, humble et lâche.

-- Pour cela d'abord. Vrai, c'est grave, ami, écoutez-moi.

Il obéit, il s'assit près d'elle. En lui parlant, elle fixait sur lui ses prunelles bleu sombre qui semblaient noires à la lumière, elle y concentrait la suggestion. Et lui, magnétisé, se laissait infiltrer l'essence de ce vouloir supérieur.

-- Ecoutez-moi... Vous savez que je n'aime que vous, que je n'aimerai jamais que vous. Il faut être le fou que vous êtes pour imaginer que je vous préfère un M. de Chantel. Voilà ce qui est certain, ce que vous verrez clair comme le jour, si vous voulez regarder et réfléchir... Seulement (elle plongea plus profondément son regard dans les yeux de Julien), seulement JE VEUX ME MARIER, et je veux épouser M. de Chantel.

Elle fit une courte pause. Julien ne dit rien. Les mots de tout à l'heure: "Je n'aime que vous, je n'aimerai jamais que vous", avaient, pour un temps, comme assoupi son coeur.

-- Je veux me marier, poursuivit Maud, affermissant l'autorité de sa voix. Ma vie actuelle est minée tout autour de moi; si je vous disais combien de temps elle peut durer encore !... ce n'est pas long. Je pense que vous m'aimez assez pour ne pas souhaiter me voir dans la débâcle; en tout cas, moi, je ne veux pas de débâcle, entendez-vous ? Donc, il faut que je me marie: c'est mon droit, je vous ai toujours annoncé que c'était ma volonté, nous avons toujours été d'accord là-dessus: libres l'un en face de l'autre, avant tout. Est-ce vrai ?

-- C'est vrai.

-- Eh bien ! tenons-nous parole, ami. Nous nous sommes évadés des conventions misérables fait pour d'autres que pour nous: j'en suis fière, pour ma part. Nous sommes des révoltés et des aventuriers, soit ! Mais l'un pour l'autre, gardons notre parole, n'est-ce pas ? -- ou brisons-là et quittons-nous.

Julien lui saisit les mains:

-- Oh ! Maud... Nous quitter ! Ne dites pas ce mot... Vous pourriez me quitter, vous ?