-- Oui... et d'un certain comte roumain.
-- Le comte Christeanu a demandé régulièrement Maud en mariage; il s'est fait tuer quinze jours après, à Bucharest, pour une querelle de cercle. Je ne vois pas en quoi Maud y fut compromise.
-- Ils ont parlé aussi de vous.
-- De moi ? A propos de Maud !...
-- Vous êtes très intime avec elle, interrompit vivement Maxime, vous l'appelez "Maud" tout court.
La route montait. Hector mit la jument au pas.
-- Ah ça ! mon cher laboureur, devenez-vous fou, voyons ? J'ai connu Maud à quatorze ans, vous dis-je, en jupes courtes; son père et mon frère se tutoyaient... Savez-vous que c'est bien mal aimer une femme que de la suspecter ainsi ? Vous faut-il ma parole d'honneur que je n'ai jamais été que le camarade de Maud de Rouvre ?
-- Vous avez raison, répondit Maxime, baissant le front. Je veux croire en elle... Et pourtant... si vous me donniez votre parole d'honneur... cela effacerait peut-être l'horrible impression de ce que j'ai entendu tout à l'heure.
-- Eh bien ! je vous la donne, homme de peu de foi. Etes-vous content ?
Maxime le remercia d'un regard. Ils ne dirent plus rien jusqu'au moment où, entre les silhouettes éclaircies des arbres, parurent les blanches façades du château d'Armide. "Etrange garçon, pensait Hector... Et moi-même ne suis-je pas plus bizarre que lui ? Voilà que je me mets à défendre passionnément cette fille, comme si j'étais sûr d'elle... Je ne l'épouserais pas, pourtant... Mais qui épouserais-je ? Et puis, vraiment, c'est trop lâche d'empêcher une fille de se marier en racontant sur son compte de sales histoires..."