Lestrange et Le Tessier se tournèrent du côté où, effectivement, les yeux de la chanteuse étaient demeurés comme rivés. Ils virent au fond du hall, debout contre la muraille, Julien de Suberceaux, beau comme les héros de Balzac, vêtu comme eux, impassible, muet et triste. Assise près de lui, presque à ses pieds, la jolie Juliette Avrezac levait sur lui des regards d'épouse, isolée de sa mère et des autres femmes, s'offrant à lui de ses prunelles attendries, de son mélancolique sourire d'amoureuse, de la nudité délicate de ses épaules et de ses bras.

-- C'est une force d'être beau comme cela, tout de même, murmura Hector. S'il y avait une âme d'homme sous cette beauté, le monde serait à lui.

A ce moment Jacqueline de Rouvre, au bras du docteur Krauss, frôlait le groupe des trois hommes. Non sans jeter à Lestrange un regard d'ironie, elle fit signe à Hector de s'approcher:

-- Penchez-vous, monsieur. Vous êtes trop haut pour mes confidences.

Et les lèvres à l'oreille du jeune homme:

-- Eros ayant définitivement terrassé Mme Ucelli, c'est votre petite belle-soeur qui va chante... Elle a une peur terrible. Ne quittez pas ce coin afin d'y chauffer l'enthousiasme, hein ! Maxime de Chantel défend l'aile gauche, sous les ordres de Maud: il est prêt à assommer quiconque n'applaudira pas.

-- Comptez sur moi, répondit Hector.

D'un de ces gestes en silhouette que les peintres enseignent aux mondains, il dessina en l'air le contour du décolletage de la jeune fille.

-- Très bien, fit-elle en souriant. Très en forme... Jamais je n'aurais cru aussi... Enfin... très bien !

-- Malhonnête ! répliqua Jacqueline. Et encore c'est ce que j'ai de plus maigre, mon cher. Demandez au docteur.