J’ai donc colligé ce volumineux courrier; je l’ai classé suivant un ordre analytique; j’en ai, si l’on peut dire, extrait l’essentiel; je vais tâcher d’y répondre de mon mieux. Ce post-scriptum me semble, l’avouerai-je?... d’importance presque égale au livre lui-même. Il en sera le commentaire pratique. Le livre professe l’opinion d’un seul. Le post-scriptum place en parallèle l’opinion de tous.

Mes citations sont scrupuleusement exactes. J’ai omis les noms par un sentiment de discrétion qui sera compris et approuvé. J’ai supprimé le plus possible les passages purement gracieux pour l’auteur. Ce n’est pas qu’ils ne m’aient charmé, mais ils contribuent à mon seul plaisir; et puis, entre nous, Françoise, il convient de garder un certain sens du ridicule. Cependant j’ai tenu à noter les adhésions à la méthode et aux idées: elles importent, comme confirmation de la doctrine.

Mon but unique a été de rendre plus complète, plus utile, plus vivante, cette nouvelle édition des Lettres.

I.—Le Système d’Études.

C’est sur ce point (le mode d’apprendre recommandé, Françoise) que se rencontrent le plus d’assentiments.

D’abord les élèves proclament l’insuffisance de leurs études et paraphrasent sur des tous divers la devise: «Nous ne savons rien...» Voici l’excellent commentaire d’une jeune Française, en train de pratiquer l’allemand aux bords du Rhin:

«... Comme toutes les jeunes filles qui ont terminé leur éducation au commencement du siècle, j’ai beaucoup lu... Que m’en reste-t-il? L’année où j’ai passé mon brevet simple, nos bonnes religieuses, pensant bien faire, m’ont fourré dans la tête presque tout le contenu de mes livres, sous prétexte qu’on pouvait me demander telle ou telle question à l’examen... J’ai eu d’excellentes notes... Maintenant, de ce que j’ai su et appris, il ne subsiste qu’un vrai chaos, d’où je tire à grand’peine quelque chose de bon...»

Une jeune Nantaise:

«... Votre opinion est très juste sur les examens: on nous fait trop apprendre et nous apprenons mal. Comme Françoise, j’ai passé mon brevet supérieur... Hélas! que m’en reste-t-il?»

«Que nous reste-t-il de ce que nous avons appris?» Telle est la formule quasi universelle de ces plaintes d’élèves studieuses. Écoutons maintenant l’opinion des maîtres.