—Tiens, tu n’as pas de cœur, résuma Yvonne.

—Excusez-moi, fîtes-vous en souriant... Mon oncle est là qui m’attend.

Là-dessus, lestement, vous prîtes congé du petit groupe, qui se mit à chuchoter, assez penaud d’apprendre que l’entretien avait eu un témoin, indiscret par profession.

Chère Françoise, vous ne sauriez croire combien il m’a plu de ne pas vous entendre divaguer sur le compte du joli saint-cyrien, de concert avec vos quatre toquées d’amies. Elles disent que vous n’avez pas de cœur: moi, je n’en crois rien. Seulement, ce cœur innocent n’a encore battu pour personne. Mais, le jour où il battra, j’espère bien que le secret de cette grave chose sera gardé par vous soigneusement, confié à des conseillers rares et fidèles,—et non dispersé, divulgué au hasard, comme les toquades des trois petites perruches de Berquin et de l’inquiétante Yvonne.


IX

Ministres et Commissions.—Singulier avantage de n’être point ministre.—L’enseignement secondaire.—Histoire d’un petit pêcher.—Françoise II à dix ans.—Quel genre d’enseignement convient à cet âge.—La période tainienne.—La culture supérieure et la culture générale.—Objet de l’enseignement secondaire.

Je vous ai promis, Françoise, ma jolie nièce, quelque chose de plus précis, sur le système idéal d’enseignement, que les prudentes généralités où se cantonnent d’habitude les détracteurs des systèmes en usage. Il ne suffit pas de clamer à tout bout de champ: «Dieu! que ces programmes sont mal faits! que de peine perdue! que de temps gaspillé!» Il ne suffit même pas de donner les raisons de son dégoût: il importe de proposer un régime nouveau et de prouver qu’il serait préférable. Or, les ministres succèdent aux ministres, les commissions se renouvellent: rien de sensiblement meilleur n’apparaît dans l’art d’enseigner les jeunes gens—garçons ou filles. Comme les ministres ne sont pas des sots ni les commissions des paresseuses, il faut croire que le cas est incommode.

—Mais alors, mon oncle, puisque vous prétendez m’offrir un système excellent, définitif, vous vous jugez plus fort, à vous tout seul, que les ministres et les commissions?