—Je crois, monsieur, répliqua-t-il, que l’on peut travailler à son perfectionnement individuel tout en étant heureux en ménage.

—Trop de félicité intime rend paresseux à l’effort... Et puis, vous éludez ma question... Qu’est-ce qui vous importera le plus: être heureux ou être «meilleur»? A quoi travaillerez-vous le plus: à votre culture ou à votre quiétude?

—Franchement, monsieur, je chercherai d’abord à être heureux, par des moyens que, d’ailleurs, je juge honorables:—par la famille et l’accomplissement régulier de mon travail. Ai-je tort?... Si j’ai tort, pardonnez-moi la sincérité de mes réponses et ne m’en veuillez pas.

... Non, jeune homme, je ne vous en veux pas. D’abord, vous êtes un adroit séducteur, et vous avez compris tout de suite que mieux valait me dire votre vraie pensée plutôt que de soutenir quelque belle théorie où votre bonne grâce eût été mal à l’aise. Et puis, nous avons assisté à de telles faillites, dans ma génération, qui parlait beaucoup d’énergie—(vers 1890, il n’était si humble revue, si pauvre journal, où l’énergie ne se professât couramment)—que nous finissons par nous demander si les vrais hommes d’action ne sont pas hommes d’action à leur insu. Craignons de partir pour la bataille de la vie costumé en Tartarin tueur de lions et de revenir avec quelques modestes alouettes pour tout butin... Qui sait, ô Maxime, tranquille et lucide jouteur, si le prix de la lutte ne vous est pas réservé? Rostand ne raconte-t-il pas que, dix ans avant Cyrano, il ne songeait même pas à la gloire littéraire?...

Et tout à coup, en regardant l’aimable visage de cet adolescent qui voulait une seule chose,—épouser Françoise, mais qui le voulait avec l’absolutisme de l’instinct,—j’eus la pensée que ce serait peut-être lui, un jour, le grand victorieux que ce pauvre pays de France, impatient de gloire, espère depuis si longtemps.

Rassurez-vous, Françoise, et rassurez-le: je tâcherai d’obtenir de Mme Le Quellien que le temps de vos fiançailles soit réduit à une seule année.


XXV

Tout s’arrange.—Pourquoi Françoise fut si docile.—Temps joyeux.—L’art de supporter le bonheur.—Encore la règle.—Le brevet de Françoise.—Faut-il des examens?—L’inventaire et l’alerte.—Comment évoluera l’enseignement secondaire.—Le lumignon et le fanal.