Et dans un fol amour ma jeunesse embarquée...
Réunissons trois cœurs qui n'ont pu s'accorder.

Et c'est pourquoi il convient de lire les écrivains classiques dans le texte, et non de se contenter de morceaux choisis. Les pages illustres des écrivains sont souvent celles où cette contexture intime de leur langage est dissimulée par la beauté, d'un caractère presque universel, du morceau. Je ne crois pas que l'essence particulière de la musique de Glück se trahisse autant dans tel air sublime que dans telle cadence de ses récitatifs où l'harmonie est comme le son même de la voix de son génie quand elle retombe sur une intonation involontaire où est marquée toute sa gravité naïve et sa distinction, chaque fois qu'on l'entend pour ainsi dire reprendre haleine. Qui a vu des photographies de Saint-Marc de Venise peut croire (et je ne parle pourtant que de l'extérieur du monument) qu'il a une idée de cette église à coupoles, alors que c'est seulement en approchant, jusqu'à pouvoir les toucher avec la main, le rideau diapré de ces colonnes riantes, c'est seulement en voyant la puissance étrange et grave qui enroule des feuilles ou perche des oiseaux dans ces chapiteaux qu'on ne peut distinguer que de près, c'est seulement en ayant sur la place même l'impression de ce monument bas, tout on longueur de façade, avec ses mâts fleuris et son décor de fête, son aspect de «palais d'exposition», qu'on sent éclater dans ces traits significatifs mais accessoires et qu'aucune photographie ne retient, sa véritable et complexe individualité.

[95]«Et Marie dit: «Mon âme exalte le Seigneur et se réjouit en Dieu mon Sauveur, etc.»—Zacharie son père fut rempli du Saint Esprit et il prophétisa en ces mots: «Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël de ce qu'il a racheté, etc.». «Il la reçut dans ses bras, bénit Dieu et dit: «Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s'en aller en paix...»

[96]À vrai dire aucun témoignage positif ne me permet d'affirmer que dans ces lectures le récitant chantât les sortes de psaumes que saint Luc a introduits dans son évangile. Mais il me semble que cela ressert suffisamment du rapprochement de différents passages de Renan et notamment de saint Paul, p. 257 et suiv.; les Apôtres, p. 99 et 100, Marc-Aurèle, p. 502-503, etc.