—Et puis il est intéressant, on voit qu'il connaît du monde. Dame, ça sait tant de choses, les médecins!

—Je vais jouer la phrase de la Sonate pour M. Swann? dit le pianiste.

—Ah! bigre! ce n'est pas au moins le "Serpent à Sonates"? demanda M. de Forcheville pour faire de l'effet.

Mais le docteur Cottard, qui n'avait jamais entendu ce calembour, ne le comprit pas et crut à une erreur de M. de Forcheville. Il s'approcha vivement pour la rectifier:

—Mais non, ce n'est pas serpent à sonates qu'on dit, c'est serpent à sonnettes, dit-il d'un ton zélé, impatient et triomphal.

Forcheville lui expliqua le calembour. Le docteur rougit.

—Avouez qu'il est drôle, docteur?

—Oh! je le connais depuis si longtemps, répondit Cottard.

Mais ils se turent; sous l'agitation des trémolos de violon qui la protégeaient de leur tenue frémissante à deux octaves de là—et comme dans un pays de montagne, derrière l'immobilité apparente et vertigineuse d'une cascade, on aperçoit, deux cents pieds plus bas, la forme minuscule d'une promenade—la petite phrase venait d'apparaître, lointaine, gracieuse, protégée par le long déferlement du rideau transparent, incessant et sonore. Et Swann, en son cœur, s'adressa à elle comme à une confidente de son amour, comme à une amie d'Odette qui devrait bien lui dire de ne pas faire attention à ce Forcheville.

—Ah! vous arrivez tard, dit Mme Verdurin à un fidèle qu'elle n'avait invité qu'en "cure-dents", nous avons eu "un" Brichot incomparable, d'une éloquence! Mais il est parti. N'est-ce pas, monsieur Swann? Je crois que c'est la première fois que vous vous rencontriez avec lui, dit-elle pour lui faire remarquer que c'était à elle qu'il devait de le connaître. N'est-ce pas, il a été délicieux, notre Brichot?