—Elle m’a battue avec son manche à balai, dit la fillette en serrant les lèvres. Battue et enfermée dans l’armoire à charbon, avec les araignées et les bêtes. Quand je reviendrai, je mettrai le balai dans son lit, je brûlerai sa maison avec le charbon et je la tuerai avec ses ciseaux. Oui. (Elle mit sa bouche en pointe.) Oh! emmène-moi loin, que je ne la revoie plus. J’ai peur de son nez pincé et de ses lunettes. Je me suis bien vengée avant de m’en aller. Figure-toi qu’elle avait le portrait de son papa et de sa maman, dans des choses de velours, sur la cheminée. Des vieux; pas comme ma maman, à moi. Toi, tu ne peux pas savoir. Je les ai barbouillés avec du sel d’oseille. Ils seront affreux. C’est bien fait. Tu pourrais me répondre, au moins.
Le mousse levait les yeux sur la mer. Elle était sombre et brumeuse. Un rideau de pluie voilait toute la baie. On ne voyait plus les écueils ni les balises. Par moments le linceul humide tissé de gouttelettes filantes se trouait sur des paquets d’algues noires.
—On ne pourra pas marcher cette nuit, dit le mousse. Il faudra aller dans la cahute de la douane où il y a du foin.
—Je ne veux pas, c’est sale! cria la fillette.
—Tout de même, dit le mousse, As-tu envie de revoir ta Mademoiselle?
—Égoïste! dit la fillette qui éclata en sanglots. Je ne savais pas que tu étais comme ça. Si j’avais su, mon Dieu! moi qui ne te connaissais pas!
—Tu n’avais qu’à ne pas partir. Qui est-ce qui m’a appelé, l’autre matin, quand je passais sur la route?
—Moi? Oh! le menteur! Je ne serais pas partie si tu ne me l’avais pas dit. J’avais peur de toi. Je veux m’en aller. Je ne veux pas coucher dans du foin. Je veux mon lit.