—J’ai faim, dit la fillette. Ce soir il y a de l’oie rôtie avec des marrons chez Mademoiselle. Oh! Tu n’as pensé à rien, toi. J’avais emporté des croûtes. Elles sont en bouillie. Tiens!

Elle tendit la main. Ses doigts étaient collés dans une panade froide.

—Je vais chercher des crabes, dit le mousse. Il y en a au bout des Pierres-Noires. Je prendrai la barque de la douane, en bas.

—J’aurai peur, toute seule.

—Tu ne veux pas manger?

Elle ne répondit rien.

Le mousse secoua les brindilles collées à sa vareuse et se glissa dehors. La pluie grise l’enveloppa. Elle entendit ses pas sucés dans la boue.

Puis il y eut des rafales, et le grand silence rythmé de l’averse. L’ombre vint, plus forte et plus triste. L’heure du dìner chez Mademoiselle était passée. L’heure du coucher était passée. Là-bas, sous les lampes d’huile suspendues, tout le monde dormait dans les lits blancs bordés. Quelques mouettes crièrent la tempête. Le vent tourbillonna et les lames canonnèrent dans les grands trous de la falaise. Dans l’attente de son dîner la fillette s’endormit, puis se réveilla. Le mousse devait jouer avec les crabes. Quel égoïste! Elle savait bien que les bateaux flottent toujours sur l’eau. Les gens se noient quand ils n’ont pas de bateau.

—Il sera bien attrapé, quand il verra que je dors, se dit-elle. Je ne lui répondrai pas un mot, je ferai semblant. Ce sera bien fait.