Cice
CICE
Cice replia ses jambes dans son petit lit et tendit l’oreille contre le mur. La fenêtre était pâle. Le mur vibrait et semblait dormir avec une respiration étouffée. Le petit jupon blanc s’était gonflé sur la chaise, d’où deux bas pendaient ainsi que des jambes noires molles et vides. Une robe marquait mystérieusement le mur comme si elle avait voulu grimper jusqu’au plafond. Les planches du parquet criaient faiblement dans la nuit. Le pot à eau était pareil à un crapaud blanc, accroupi dans la cuvette et humant l’ombre.
—Je suis trop malheureuse, dit Cice. Et elle se mit à pleurer dans son drap. Le mur soupira plus fort; mais les deux jambes noires restèrent inertes, et la robe ne continua pas de grimper, et le crapaud blanc accroupi ne ferma pas sa gueule humide.
Cice dit encore:
—Puisque tout le monde m’en veut, puisqu’on n’aime que mes sœurs ici, puisqu’on m’a laissé aller me coucher pendant le dîner, je m’en irai, oui, je m’en irai très loin. Je suis une Cendrillon, voilà ce que je suis. Je leur montrerai bien, moi. J’aurai un prince, moi; et elles n’auront personne, absolument personne. Et je viendrai dans ma belle voiture, avec mon prince; voilà ce que je ferai. Si elles sont bonnes, dans ce temps-là, je leur pardonnerai. Pauvre Cendrillon, vous verrez qu’elle est meilleure que vous, allez.
Son petit cœur grossit encore, pendant qu’elle enfilait ses bas et qu’elle nouait son jupon. La chaise vide resta au milieu de la chambre, abandonnée.
Cice descendit doucement à la cuisine, et pleura de nouveau, agenouillée devant l’âtre, les mains plongées dans les cendres.