Morgane s’inclina et jeta dans le feu trois nouveaux gâteaux d’offrande. Mais l’image vacilla, et s’obscurcit; la maison blanche s’enfonça, et Morgane regarda vainement le miroir noir.

Et, au jour suivant, Morgane désira faire un voyage. Car il lui semblait avoir reconnu la couleur morne du sable, et elle se dirigea vers l’Occident. Son père lui donna une caravane choisie, avec des mules à clochettes d’argent, et on la portait dans une litière dont les parois étaient des miroirs précieux.

Ainsi elle traversa la Perse, et elle examinait les hôtelleries isolées, tant celles qui sont bâties près des puits et où passent les troupes de voyageurs, que les maisons décriées où les femmes chantent la nuit et battent des pièces de métal.

Et près des confins du royaume de Perse elle vit beaucoup de maisons blanches, cubiques, aux fenêtres longues; mais l’anneau de bronze n’y était point pendu. Et on lui dit que l’anneau se trouverait au pays chrétien de Syrie, à l’Occident.

Morgane passa les rives plates du fleuve qui environne la contrée des plaines humides, où croissent des forêts de réglisse. Il y avait des châteaux creusés dans une seule pierre étroite, qui était posée sur la pointe extrême; et les femmes assises au soleil sur le passage de la caravane avaient des torsades de crin roux autour du front. Et là vivent ceux qui mènent des troupeaux de chevaux, et portent des lances à pointe d’argent.

Et plus loin est une montagne sauvage habitée par des bandits qui boivent l’eau-de-vie de blé en l’honneur de leurs divinités. Ils adorent des pierres vertes de forme étrange, et se prostituent les uns aux autres parmi des cercles de buissons enflammés. Morgane eut horreur d’eux.

Et plus loin est une cité souterraine d’hommes noirs qui ne sont visités par leurs dieux que pendant leur sommeil. Ils mangent les fibres du chanvre, et se couvrent le visage avec de la poudre de craie. Et ceux qui s’enivrent avec le chanvre pendant la nuit fendent le cou de ceux qui dorment, afin de les envoyer vers les divinités nocturnes. Morgane eut horreur d’eux.

Et plus loin s’étend le désert de sable gris, où les plantes et les pierres sont pareilles au sable. Et à l’entrée de ce désert Morgane trouva l’hôtellerie de l’anneau.

Elle fît arrêter sa litière, et les muletiers déchargèrent les mules. C’était une maison ancienne, bâtie sans l’aide du ciment; et les blocs de pierre étaient blanchis par le soleil. Mais le maître de l’hôtellerie ne put lui parler du miroir: car il ne le connaissait point.