—Elles sont un peu derrière moi.

—Où vas-tu ainsi? dit le roi aveugle.

—Je rentre, répondit-elle, à la cité des Misérables. Alors le roi se souvint qu'il y avait, dans un endroit écarté de son royaume un asile où se réfugiaient ceux qui avaient été repoussés de la vie pour leurs maladies ou leurs crimes. Ils existaient dans des huttes bâties par eux-mêmes ou enfermés dans des tanières creusées au sol. Et leur solitude était extrême.

Le roi résolut de se rendre dans cette cité.

—Conduis-moi, dit-il.

La jeune fille le saisit par le pan de sa manche.

—Laisse-moi te laver le visage, dit-elle; car le sang a coulé sur tes joues depuis une semaine peut-être.

Et le roi trembla, pensant qu'elle allait avoir horreur de sa lèpre et l'abandonner. Mais elle versa de l'eau de sa gourde et lava le visage du roi. Puis elle dit:

—Pauvre, comme tu as dû souffrir de l'arrachement de tes yeux!

—Comme j'ai souffert avant, sans le savoir, dit le roi. Mais allons. Arriverons-nous ce soir à la cité des Misérables?