Elle trempa sa main dans l'eau, et la retira aussitôt: les vagues étaient déjà chaudes. Une ébullition effrayante allait peut-être faire trembler l'Océan.
Au sud, ils voyaient des cimes de nuages blancs avec des aigrettes roses, et ne savaient si ce n'était pas une vapeur ignée.
Le silence général et la flamme grandissante les figeaient dans la stupeur: ils préféraient le grand cri qui les avait accompagnés, comme l'écho d'un râle totalisé dans le vent.
L'extrémité de la mer, où la coupole de cendre venait plonger, encore demi-obscure, était ouverte par une coupure claire. Une portion de cercle d'un bleu livide semblait y promettre l'entrée d'un nouveau monde.
—Ah! regarde! dit-elle.
La légère buée qui flottait derrière eux sur l'océan, venait de s'éclairer de la même lueur que le ciel, pâle et tremblotante: c'était la mer qui brûlait.
Pourquoi cette universelle destruction? Leurs têtes, qui battaient intérieurement dans l'air surchauffé, étaient pleines de cette question multipliée. Ils ne savaient pas. Ils étaient inconscients des fautes. La vie les étreignait; ils vivaient plus vite, tout d'un coup; l'adolescence les saisit au milieu de l'incendie du monde.
Et, dans cette ancienne barque, dans ce premier instrument de la vie inférieure, ils étaient un si jeune Adam et une si petite Ève, seuls survivants de l'Enfer terrestre.
Le ciel était un dôme en feu. Il n'y avait plus à l'horizon qu'un seul point bleu extrême, sur lequel allait se refermer la paupière de flamme. Une mer ronflante les atteignait déjà.
Elle se dressa et se dévêtit. Nus, leurs membres polis et grêles étaient éclairés par la lueur universelle. Ils se prirent les mains et s'embrassèrent.