Et comme ce roman est bien celui des crises! L'être fantastique conçu par l'Écornifleur est arrivé à sa pleine croissance, il voit la femme qu'il se doit d'aimer; il va descendre à sa chambre, au milieu de la nuit; déjà elle a les jambes levées. Mais l'aventure ne se produit pas; la femme ne l'attend pas—elle dort—les portes seront fermées—l'Écornifleur sera pieds nus et ridicule.—Il lit des vers en élevant son âme jusqu'au fumivore; le miracle va se produire; on écoutera ses poèmes comme il conçoit qu'on les écoute: le mari fait vibrer son couteau dans une rainure de la table et dit: «C'est fini?»
Dans un roman fantastique comme Macbeth ou Hamlet, la crise appelle l'aventure; l'état intérieur du personnage projette le fantôme ou l'événement extérieur. Le pauvre Écornifleur ne trouve jamais les aventures qu'il s'imaginait, quand elles étaient des crises.
Ainsi la perversité de l'Écornifleur ne va pas jusqu'à pousser ses fantômes dans la vie, ni son esthétique à se contenter de les créer dans l'art. Il est heureusement égoïste. Il se rencontre sur son chemin et recule. Il n'a pas encore pour ses créations assez de pitié pour se soumettre à elles, et souffrir pour qu'elles vivent.
La littérature a fait naître des êtres terribles dans les chambres secrètes de son cœur et de son cerveau. Mais il est devenu poète; et dans ce livre il a tenu jugement sur lui-même.