Dialogue entre
L'Acteur
Hylas
Rodion Raskolnikoff
Herr Baccalaureus
Sir Willoughby
Ainsi que d'ordinaire, à la fin des déjeuners sans femmes, le café et la cigarette ont amené au-dessus de la nappe l'éternel sujet de conversation entre hommes: l'amour et les interprètes de l'amour. La discussion s'est prolongée. C'est une claire après-midi d'été. On a pris place sur la pelouse dont la pente descend jusqu'à la Marne luisante comme un couperet d'argent. Les convives ont décidé qu'ils perdraient leur journée.
Le Maître de la maison.—Puisque nous avons convenu de nous livrer éperdument au bavardage, voulez-vous que nous choisissions chacun notre rôle? Vous, mon cher helléniste...
Hylas.—Je suis si enfoncé dans l'administration matérialiste antique et si disposé à me montrer polymorphe et dialecticien, que je vous demanderai de jouer ici un personnage vague dont les idées générales seules auraient quelque précision. Je prendrai donc le nom de Hylas.
Le Maître de la maison.—Quant à vous, je n'ai point de doute sur votre préférence,—vous aimez trop Dostoïewski...
Rodion.—Pour ne pas désirer parler au nom de Rodion.
Le Maître de la maison.—Et vous, qui m'avez fait connaître le grand George Meredith...
Willoughby.—J'essayerai d'être ici le héros de l'égoïsme, sir Willoughby.
Baccalaureus.—Pour moi, je fixerai humblement quelques citations, et je rappellerai à la logique, si vous me le permettez: mes leçons méphistophéliques sont encore toutes fraîches dans ma mémoire.