—La cigale bruit à l'heure de midi, quand le vent fore des trous sanglants au cœur du chaume, quand la ciguë à taille verte éploie son ombelle blanche pour se mettre au frais. Maintenant elles dorment et je ne saurais en trouver. Mais vois, Chloé, l'antre du dieu Pan; et j'aperçois le bassin où la vue de ton corps nu m'a troublé; et près de là le taillis où ton premier baiser me rendit délirant, où je venais te guetter tandis que j'engluais les pièges à oiseaux, dans l'hiver, et que toi, au milieu de la haute salle, tu rangeais les fruits dans les grandes amphores.
O Chloé, la maison n'est plus là, et le bois de sorbier est solitaire, car les huppes et les roitelets n'y viennent plus, et Perséphone a éteint nos âmes qui brûlaient.
—Voici, dit Chloé. Je viens de prendre dans une fleur pourpre une abeille qui dormait. Je l'ai regardée: elle est rousse et laide, et je n'aime pas les cercles noirs de son ventre. Autrefois, je croyais l'abeille un baiser avec des ailes. Je viens de tremper mon doigt dans un rayon de miel et tout le parfum du miel nouveau s'est envolé. J'ai cessé d'aimer le miel.
—Chloé, donne-moi un baiser, dit Daphnis.
—Voici, mon Daphnis.
Et les deux ombres blanches furent troublées, sans rien oser dire. Car leur baiser n'avait plus d'aiguillon, ni d'odeur sauvage; et comme le désir des brebis, des chèvres, des oiseaux et des cigales diminuait dans leur cœur, le plaisir de toucher leurs corps ne les agita plus d'un frémissement.
—O Chloé, ici nous avions des fromages gras sur des claies vertes.
—Et je n'aime presque plus les fromages, mon Daphnis.
—O Chloé, là nous avons cueilli les premières violettes de notre dernière année.
—Et je n'aime presque plus les violettes, mon Daphnis.