A travers une grande plaie sombre du feuillage, il aperçut le vide radieux du ciel. La forêt ne le protégeait plus et il ressentit comme une honte de nudité. Car, du fond de cette vaste clairière bleuâtre si lointaine, beaucoup de petits yeux implacables luisaient, des points d'yeux très perçants, des clignements d'étincelles, tout un picotement de rayons. Ainsi Alain connut les étoiles, et les désira sitôt qu'il les eut connues.

Il courut à sa grand'mère, qui tisonnait pensivement la meule. Et quand il lui eut demandé pourquoi la mare du rocher mirait tant de points brillants qui tressaillaient parmi les arbres, sa grand'mère lui dit:

—Alain, ce sont les belles étoiles du ciel. Le ciel est au-dessus de la forêt et ceux qui vivent dans la plaine le voient toujours. Et chaque nuit Dieu y allume ses étoiles.

—Dieu y allume ses étoiles… répéta l'enfant. Et moi, mère grand, pourrais-je allumer des étoiles?

La vieille femme lui posa sur la tête sa main dure et craquelée. C'était comme si un des chênes eût eu pitié d'Alain et l'eût caressé de sa grosse écorce.

—Tu es trop petit. Nous sommes trop petits, dit-elle. Dieu seul sait allumer ses étoiles dans la nuit.

Et l'enfant répéta:

—Dieu seul sait allumer ses étoiles dans la nuit…

II

Dès lors les joies journalières d'Alain furent plus inquiètes. Le babil de la forêt cessa de lui paraître innocent. Il ne se sentit plus protégé sous l'abri dentelé des fougères. Il s'étonna de la mobile dispersion du soleil sur les mousses. Il se lassa de vivre dans l'ombre verte et obscure. Il désira une autre lumière que le chatoiement des lézards, le morne ardoiement du champignon, et le rougeoiement du charbon dans les meules. Avant de s'endormir il allait considérer au-dessus de la mare l'innombrable rire crépitant du ciel. Toute la force de ses désirs l'emportait par delà les ténèbres closes des hêtres, des chênes, des ormes, derrière lesquels il y avait des hêtres, des chênes, des ormes encore, et toujours d'autres arbres, et des entassements de futaies. Et son orgueil avait été frappé par la parole de la vieille femme: