Le curé l'examina fort soigneusement, mais ne parvint à découvrir sur son corps aucune marque du démon. Le dimanche suivant, on la conduisit à l'église, où elle ne manifesta point de signes d'inquiétude, sinon qu'elle gémit quand elle fut mouillée d'eau bénite. Mais elle ne recula pas devant l'image de la croix, et, passant ses mains sur les saintes plaies et les déchirures d'épines, elle parut affligée.

Les gens du village en eurent grande curiosité; quelques-uns de la crainte; et, malgré l'avis du curé, on parla d'elle comme de la «diablesse verte».

Elle ne se nourrissait que de graines et de fruits; et toutes les fois qu'on lui présentait les épis ou les rameaux, elle fendait la tige ou le bois, et pleurait de désappointement. Bûchette ne parvint point à lui apprendre en quel endroit il fallait chercher les grains de blé ou les cerises, et sa déception était toujours semblable.

Par imitation elle put bientôt porter du bois, de l'eau, balayer, essuyer et même coudre, bien qu'elle maniât la toile avec une certaine répulsion. Mais elle ne se résigna jamais à faire le feu, ou même à s'approcher de l'âtre.


Cependant Bûchette grandissait, et ses parents voulurent la mettre en service. Elle prit du chagrin, et le soir, sous les draps, elle sanglotait doucement. La fille verte regardait piteusement sa petite amie. Elle fixait les prunelles de Bûchette, le matin, et ses propres yeux se remplissaient de larmes. Puis la nuit, quand Bûchette pleura, elle sentit une main douce qui lui caressait les cheveux, une bouche fraîche sur sa joue.

Le terme s'approchait où Bûchette devait entrer en servitude. Elle sanglotait maintenant, presque aussi lamentable que la créature verte, le jour où on l'avait trouvée abandonnée devant la Gueule-de-Loup.

Et le dernier soir, quand le père et la mère de Bûchette furent endormis, la fille verte caressa les cheveux de la pleureuse et lui prit la main. Elle ouvrit la porte, et allongea le bras dans la nuit. De même que Bûchette l'avait conduite autrefois vers les maisons des hommes, elle l'emmena par la main vers la liberté inconnue.

LA FIDÈLE

L'amoureux de Jeanie était devenu matelot et elle était seule, toute seule. Elle écrivit une lettre et la scella de son petit doigt et la jeta dans la rivière parmi les longues herbes rouges. Ainsi elle irait jusqu'à l'Océan. Jeanie ne savait pas vraiment écrire; mais son amoureux devait comprendre puisque la lettre était d'amour. Et elle attendit longtemps la réponse venue de la mer; et la réponse ne vint pas. Il n'y avait pas de rivière pour couler de lui jusqu'à Jeanie.