Cette fois, Monelle ne sortit pas de l'inconnu. Aucun petit rire n'agita la brume. Monelle était loin, et ne se souvenait plus du soir ni de l'année. Qui sait? Elle s'était glissée peut-être à la nuit dans la chambrette inhabitée et le guettait derrière la porte avec un tressaillement doux. L'enfant marcha sans bruit, pour la surprendre. Mais elle n'était plus là. Elle allait revenir,—oh! oui,—elle allait revenir. Les autres enfants avaient eu assez de bonheur d'elle. C'était à son tour, maintenant. L'enfant entendit sa voix malicieuse murmurant: «Je suis sage aujourd'hui!» Petite parole disparue, lointaine, effacée comme une ancienne teinte, usée déjà par les échos du souvenir.
L'enfant s'assit patiemment. Là était le petit fauteuil d'osier, marqué de son corps, et le tabouret qu'elle aimait, et la petite glace plus chérie parce qu'elle était cassée, et la dernière chemisette qu'elle avait cousue, la chemisette «qui s'appelait Monelle», dressée, un peu gonflée, attendant sa maîtresse.
Toutes les petites choses de la chambre l'attendaient. La table à ouvrage était restée ouverte. Le petit mètre dans sa boîte ronde allongeait sa langue verte, percée d'un anneau. La toile dépliée des mouchoirs se soulevait en petites collines blanches. Les pointes des aiguilles se dressaient derrière, semblables à des lances embusquées. Le petit dé de fer ouvragé était un chapeau d'armes abandonné. Les ciseaux ouvraient indolemment la gueule comme un dragon d'acier. Ainsi tout dormait dans l'attente. Le petit chariot de chair, souple et agile, ne circulait plus, versant sur ce monde enchanté sa tiède chaleur. Tout l'étrange petit château de travail sommeillait. L'enfant espérait. La porte allait s'ouvrir, doucement; la flammèche rieuse volèterait; les collines blanches s'étaleraient; les fines lances se choqueraient; le chapeau d'armes retrouverait sa tête rose; le dragon d'acier claquerait rapidement de la gueule, et le petit chariot de chair trottinerait partout, et la voix effacée dirait encore: «Je suis sage aujourd'hui!»—Est-ce que les miracles n'arrivent pas deux fois?
DE SA PATIENCE
J'arrivai dans un lieu très étroit et obscur, mais parfumé d'une odeur triste de violettes étouffées. Et il n'y avait nul moyen d'éviter cet endroit, qui est comme un long passage. Et, tâtonnant autour de moi, je touchai un petit corps ramassé comme jadis dans le sommeil, et je frôlai des cheveux, et je passai la main sur une figure que je connaissais, et il me parut que la petite figure se fronçait sous mes doigts, et je reconnus que j'avais trouvé Monelle qui dormait seule en ce lieu obscur.
Je m'écriai de surprise, et je lui dis, car elle ne pleurait ni ne riait:
—O Monelle! es-tu donc venue dormir ici, loin de nous, comme une patiente gerboise dans le creux du sillon?
Et elle élargit ses yeux et entr'ouvrit ses lèvres, comme autrefois, lorsqu'elle ne comprenait point, et qu'elle implorait l'intelligence de celui qu'elle aimait.