[XIII]

L'ANARCHIE

Dialogue entre

PHÉDON
CÉBÈS

CÉBÈS.—Phédon, étais-tu toi-même auprès de Démochole, le jour où il fut mené de la prison au supplice, ou tiens-tu le récit de quelqu'un?

PHÉDON.—Je n'y étais point, Cébès, car les magistrats avaient interdit aux disciples de Démochole de se rendre auprès de lui, et des gardes se tenaient sur les routes afin de nous éloigner de la cité. Mais Xanthos, qui était chargé de la surveillance de la prison, et qui d'ailleurs est un homme doux et juste, m'a raconté très exactement ce qui se passa.

CÉBÈS.—Que dit Démochole avant de mourir, et de quelle manière mourut-il? Je l'apprendrais avec plaisir.

PHÉDON.—Il me sera facile de te satisfaire, car je me souviens des paroles mêmes de Xanthos. Voici donc ce qu'il m'a rapporté. Avant le point du jour, me dit-il (car la coutume est que les condamnés meurent au soleil levant), j'entrai dans la prison et je m'avançai vers le lit de Démochole, qui s'était voilé la tête pour dormir. Je lui frappai doucement sur l'épaule. «Tu sais, lui dis-je, ce que je viens t'annoncer. Adieu; tâche de supporter avec courage ce qui est inévitable.» Démochole, me regardant, répondit: «Il serait malheureux, mon ami, que le courage m'abandonnât dans une pareille circonstance. Mais n'aie point de craintes: je ferai ce que tu dis.» En même temps, il s'assit sur son lit, et pliant la jambe d'où on venait d'ôter l'entrave: «Quelle chose étrange», dit-il...

CÉBÈS.—Mais, mon cher, ne te trompes-tu pas, et n'est-ce point la mort de Socrate que tu nous racontes une seconde fois?