Le capitaine Smith s'excusa sur l'étiquette, parce qu'elle était fille de roi.

Elle reprit:

—Vous n'avez pas craint de venir au pays de mon père, et vous l'avez effrayé, lui et tous ses gens,—excepté moi: craindrez-vous donc qu'ici je ne vous appelle mon père? Je vous dirai mon père et vous me direz mon enfant, et je serai pour toujours de la même patrie que vous... Ils m'avaient dit là-bas que vous étiez mort...

Et elle confia tout bas à John Smith que son nom était Matoaka. Les Indiens, craignant qu'on s'emparât d'elle par maléfice, avaient donné aux étrangers le faux nom de Pocahontas.

John Smith partit pour la Virginie et ne revit jamais Matoaka. Elle tomba malade à Gravesend, au début de l'année suivante, pâlit et mourut. Elle n'avait pas vingt-trois ans.

Son portrait est entouré de cet exergue: Matoaka alias Rebecca filia potentissimi principis Powhatani imperatoris Virginitæ. La pauvre Matoaka avait un chapeau de feutre haut, à deux guirlandes de perles; une grande collerette de dentelle roide, et elle tenait un éventail de plume. Elle avait le visage aminci, les pommettes longues et de grands yeux doux.


[CYRIL TOURNEUR]

POÈTE TRAGIQUE.

Cyril Tourneur naquit de l'union d'un dieu inconnu avec une prostituée. On trouve la preuve de son origine divine dans l'athéisme héroïque sous lequel il succomba. Sa mère lui transmit l'instinct de la révolution et de la luxure, la peur de la mort, le frémissement de la volupté et la haine des rois; il tint de son père l'amour de se couronner, l'orgueil de régner, et la joie de créer; tous deux lui donnèrent le goût de la nuit, de la lumière rouge et du sang.