Du reste, pendant le temps où Charles jouit de sa raison, il reprend avec sa femme la vie commune; le plus sûr témoignage, à cet égard, est la naissance de trois enfants qu'Isabeau mit au monde de 1395 à 1398.
Le 11 janvier 1395[550], à l'hôtel Saint-Pol, elle eut une fille que l'on baptisa du nom de Michelle, à cause de la grande dévotion du Roi pour Monseigneur l'archange[551].
[550] L'enfant naquit à huit heures du soir, et fut baptisée le lendemain. Cf le Père Anselme, Histoire Généalogique..., t. II, p. 115.—Vallet de Viriville, ouv. cité (Bibl. Ec. Chartes, 4e série, t. IV) p. 479.
[551] Saint Michel était regardé comme le Patron du Royaume de France; les rois l'honoraient d'un culte spécial; en 1394, Charles VI avait fait un pèlerinage à «Saint Michel au péril de mer», c'est-à-dire au monastère du mont Saint-Michel.
Le 22 janvier 1397, «sous le signe du verseau», entre huit et neuf heures du soir, la Reine accoucha d'un fils[552], à la grande joie du Royaume, car la succession du Roi, de plus en plus malade, ne paraissait pas assurée dans la personne du Dauphin Charles, si débile. Le lendemain, le nouveau-né reçut le baptême dans l'église Saint-Paul[553], ses parrains étaient le duc d'Orléans qui lui donna son nom, et Messire Le Bègue de Villaines[554]; il eut pour marraine Mademoiselle de Luxembourg, demoiselle d'honneur d'Isabeau qui s'était consacrée à Dieu[555].
[552] Religieux de Saint-Denis, Chronique..., t. II, p. 523-525.—Le Père Anselme..., t. I, p. 113.—Vallet de Viriville..., p. 479.
[553] Le prélat officiant fut Jean de Norry, archevêque de Vienne.
[554] Pierre de Villaines, dit le Bègue, seigneur de Tourny et comte de Ribadeo depuis la campagne de Castille de 1366-1369, dans laquelle il avait accompagné Du Guesclin, avait été l'un des conseillers les plus écoutés de Charles V. En 1388, après la retraite des princes, il fut l'un de ceux que Charles VI «advisa qu'il vouloit avoir près de lui». Cf. H. Moranvillé, Étude sur la vie de Jean le Mercier, p. 119 et note 4.
[555] Religieux de Saint-Denis, Chronique..., t. II, p. 523-525.
Dix-huit mois plus tard, un courrier était envoyé à l'abbaye de Coulombs[556] avec mission de prier un religieux d'apporter à la Reine le «circonciz Notre-Seigneur[557] pour le travaillement de la dite dame[558]»; et, quelque temps après la réception de cette relique, le 31 août, Isabeau mettait au monde un autre fils qui reçut le nom de Jean[559].