Les pouvoirs de la Reine se trouvaient donc formellement confirmés[906] et les vues du duc de Bourgogne ne rencontraient plus d'obstacles, aussi le 28 juin, Madame de Bourgogne s'engageait à exécuter les clauses du contrat de mariage du Dauphin Louis et de Marguerite[907], et, par trois ratifications successives, Isabeau acceptait le triple projet d'union[908]; la nouvelle Dauphine fut placée auprès de son futur époux dans la Maison de la Reine[909].
[906] Le 15 mai, Charles VI accrut encore les pouvoirs de la Reine en lui conférant le droit de s'opposer «à tous dons et aliénations du domaine». Arch. Nat. PP 117, fº 176 vº.—Ordonnances des Rois..., t. VIII, p. 586.
[907] Arch. Nat. J 409, pièce 9 et J. 249.
[908] Dom Plancher, Histoire de Bourgogne..., Preuves, t. III, p. 211-212 et 215-216.
[909] «Une aulne de cendal tiercelin et un quartier de drap de soye pour faire une chemise à heures pour Madame la Daulphine». Arch. Nat. KK 43, fº 15 rº.
L'avenir de toutes les filles de France était désormais assuré. En effet, par lettres, en date du 18 juin, le duc Louis de Bourbon et son fils Jean de Clermont avaient annoncé que le Roi et la Reine, «pour la bonne et vraye amour et entière affection que de leur grâce et humilité ils avaient toujours eu au comte et à la comtesse de Clermont», autorisaient le mariage de Charles de Bourbon, fils aîné de Jean de Clermont, avec la princesse Catherine, alors âgée de deux ans[910]. Les grands parents, le père et la mère avaient joint leur lettre de contrat, et, suivant la formule, «Madame la Royne avait donné sa parole de Royne». Cette union ne pouvait être célébrée que dans un temps éloigné; mais Isabeau avait voulu donner un témoignage d'amitié au duc de Bourbon, et Philippe de Bourgogne avait approuvé cet engagement qui enlevait à Louis d'Orléans l'espoir de marier ses enfants dans la famille royale.
[910] Arch. Nat. J 953, pièces 17 et 18.
Malgré le mécontentement que ces dispositions durent causer au frère de Charles VI, l'oncle et le neveu vécurent en bonne intelligence pendant la fin de l'année 1403 et les premiers mois de 1404. Du reste le duc d'Orléans reçut quelque compensation: don lui fut fait du château et de la châtellenie de Château-Thierry[911]; les duc de Bourgogne et de Berry se rangèrent à son avis pour la restitution d'obédience au pape d'Avignon Benoît XIII[912]; et le Conseil royal ferma les yeux sur ses intrigues diplomatiques[913].
[911] Arch. Nat. P 2530, fº 264-265.
[912] Religieux de Saint-Denis, Chronique..., t. III, p. 87.