«Bien chantans, jolis et mignos,
«Et pour l'amour de la déesse
«Vaurrent les pluisours par léesse
«Dessus l'erbette caroler,
«Saillir, treper et flajoler[943]»
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[943] Le Pastoralet, vers 87-94 (Chr. Belges, textes français, p. 576).
Le joli bois que chante l'auteur du Pastoralet est Paris, la résidence de la cour. Les ballades d'Eustache Deschamps, de Christine de Pisan célèbrent l'amour et les amants; jamais les prédicateurs n'ont trouvé plus ample matière à fulminer que dans les mœurs de cette époque. Que l'on paraissait loin déjà de la cour si décente et si réglée de Charles V! Peu à peu toutes les sages personnes des précédentes générations: la duchesse douairière d'Orléans, la Reine Blanche, la duchesse de Bar, étaient mortes, et la duchesse de Bourgogne va bientôt suivre son mari dans la tombe[944]; avec elle, disparaîtra le dernier type de noble et respectable dame qui eût pu encore imposer à Isabeau.
[944] La duchesse Marguerite de Bourgogne mourut en 1405.
Et nous voyons celle-ci s'afficher avec son beau-frère: en juillet 1405, par exemple, tandis que le Roi et les Enfants de France sont demeurés à Paris, la Reine passe plusieurs jours, pour son plaisir, au château de Saint-Germain, en compagnie du duc Louis. Le 12 juillet, ils font ensemble une promenade dans la forêt, elle en char, lui à cheval. Tout à coup un gros orage éclate avec de fortes rafales de vent et de pluie; le duc monte dans la voiture d'Isabeau; les chevaux, effrayés par le tonnerre, se cabrent, puis s'emportent et dévalent à toute bride dans la direction de la Seine; les deux voyageurs se voient perdus; mais le sang-froid d'un cocher, qui coupe les traits, les sauve d'une mort qui paraissait certaine[945]. Le lendemain, étant toujours au château de Saint-Germain, ils apprennent avec terreur que l'orage de la veille s'est aussi abattu sur Paris et que la foudre est tombée sur l'hôtel Saint-Pol où elle a causé de grands ravages: dans une chambre voisine de celle où se trouvait le Dauphin, elle a tué un de ses compagnons de jeux et blessé grièvement plusieurs personnes. La Reine et le duc tirent les plus mauvais présages de cette catastrophe; et autour d'eux, on commente ces mauvais présages; ils peuvent entendre dire «qu'ils vont bientôt voir fondre sur eux les derniers malheurs en punition de leurs méfaits[946]». Louis d'Orléans pense alors à payer ses dettes, mais Isabeau ne se préoccupe nullement de garder plus dignement son rang.