[959] Ibid.
Jacques Legrand avait fait preuve d'un réel courage en invectivant contre la cour et ses mœurs dissolues, car certainement il connaissait l'histoire de saint Jean Chrysostôme et de l'impératrice Eudoxie et savait que «les femmes et surtout les nobles dames s'irritent des paroles qui leur déplaisent[960]».
[960] Religieux de Saint-Denis..., t. III, p. 269.
L'âme vindicative d'Isabeau dut cruellement souffrir de ne pouvoir corriger l'audacieux prédicateur. Bien plus, on dit que Charles VI, au rapport qu'on lui fit de la mercuriale du moine augustin, «en témoigna beaucoup de satisfaction[961]»; il était alors en possession de son bon sens; quel grief avait-il donc contre Isabeau pour se réjouir des insultes qu'on lui avait prodiguées? quelques-uns des mauvais bruits qui circulaient sur le compte de sa femme, étaient-ils parvenus à ses oreilles; ou, de ses propres yeux, avait-il surpris quelques indices?
[961] Ibid., p. 271.
Le chroniqueur Guillaume Cousinot, familier du duc d'Orléans, traite de calomnies tous les méchants propos qui se colportaient alors à la cour et dans la ville; pourtant il ne croit pas devoir les passer sous silence; il dit que le duc de Bourgogne, pour mettre «les cueurs du peuple» contre la Reine et Louis d'Orléans, fit «semer par cayemans et par tavernes faulces mençonges de la royne et du duc d'Orléans son frère[962]».
[962] G. Cousinot, Gestes des Nobles, p. 109.
Quant au Religieux de Saint-Denis, dont la plume chaste et circonspecte n'aurait su formuler une accusation sans preuves évidentes, il n'affirme rien de positif, mais son récit autorise les soupçons, car il nous représente Isabeau et le duc toujours ensemble, comme deux complices: «Ils mettaient toute leur vanité dans les richesses, toutes leurs jouissances dans les délices du corps....., ils oubliaient tellement les règles et les devoirs de la royauté qu'ils étaient devenus un objet de scandale pour la France et la fable des nations étrangères[963].»
[963] Religieux de Saint-Denis, Chronique de Charles VI, t. III, p. 267.
Il est vrai qu'en ces années 1404-1406, le pamphlétaire parisien qui flagellait avec le plus de violence la cupidité d'Isabeau, le luxe effrené de son entourage, ne parle pas des mœurs privées de la Reine; aucun de ses traits ne vise précisément sa conduite; pourtant, en lisant très attentivement les cinglantes satires contenues dans le «Songe véritable», on s'aperçoit que l'auteur n'exprime pas toujours sa pensée jusqu'au bout; il s'arrête, comme s'il jugeait trop grave ce qu'il lui reste à dire. Ainsi ses personnages allégoriques profèrent parfois de terribles menaces contre Isabeau à propos d'actions, voire même de fautes qui, vraiment, ne méritent pas toutes ces foudres: A un endroit, Fortune répond aux supplications de Souffrance: