CHAPITRE PREMIER

LES VITTELSBACH—LES VISCONTI

Au milieu du XIVe siècle, le duché de Bavière[1] occupait un des premiers rangs de la hiérarchie du Saint Empire romain germanique[2], et, dans une chronique du temps, il était proclamé «la plus puissante et la plus florissante des provinces de la haute Allemagne[3]».

[1] Le duché de Bavière s'étendait des Alpes tyroliennes au Danube, des bords du Lech, à ceux de l'Inn.

[2] Cf. 1º Vit, prieur de l'abbaye bénédictine d'Ebersberg, (Haute-Bavière) Chronica Bavorum ab origine gentis ad annum MDIIII, dans Oefele, Rerum Boicarum scriptores, (Augsbourg, 1763, 2 vol. in-fº) t. II, p. 707.—2º Ange Rumpler, abbé bénédictin de Formbach, (diocèse de Passau, Basse-Bavière) Gestorum in Bavaria libri VI, dans Oefele.., t. I, p. 99.—Cf. aussi Johannes Turmair (dit Aventin), Annalium Boiorum libri VII, (Leipsig, 1710, in-fº).—Le Blanc, Histoire de Bavière, jusqu'au règne de Maximilien, (Paris, 1680, 4 vol. in-12) t. I.—S. Riezler, Geschichte Baierns, (Gotha, 1878, t. I... III in-8º) t. I.

[3] Vit, Chronica Bavorum.., chap. 1, dans Oefele, t. II, p. 707.

Ni son sol, ni le génie de son peuple n'eussent suffi à lui mériter cet honneur et cette réputation; il les devait surtout à la dynastie des Wittelsbach qui avait fait sa grandeur en même temps que son unité[4].

[4] Dans l'empire d'Allemagne, tel qu'il est actuellement constitué, le royaume de Bavière, le premier des États Secondaires, garde son originalité. «La nation bavaroise est dans l'Allemagne unie celle qui a conservé le plus son patriotisme distinct. Les mœurs, les coutumes, les traditions politiques et religieuses l'ont maintenue longtemps dans un certain isolement par rapport au reste de l'Allemagne, et c'est toujours là que se trouve le principal foyer de résistance au nouvel ordre de choses». E. Reclus, Nouvelle Géographie Universelle, t. III, l'Europe Centrale, p. 638.

Le pays, en effet, plateau pierreux et aride sous sa mince couche d'humus, quelquefois pittoresque en ses aspects sauvages, le plus souvent coupé de marais et de tourbières, n'offrait qu'aux bords du Danube une plaine fertile en céréales. Quant au peuple, depuis l'homme des hautes terres aux cheveux blonds, aux yeux bleus, timide et lourd, jusqu'à l'habitant des vallées et de la plaine, noir et trapu, à l'esprit un peu lent aussi, mais capable d'application[5], il possédait certaines qualités de fond dont l'ensemble lui composait une physionomie simplement intéressante[6]: du courage dans les combats, une grande patience au travail, une piété profonde[7].