Dans la première quinzaine d'août, elle visite l'abbaye de Bon Port lés Pont-de-l'Arche[211]; dans la seconde, elle est à Chartres, où elle offre à Notre-Dame «une superbe pièce de drap d'or racamas[212]», qu'elle s'est fait tout exprès apporter de Paris. Ce sont ensuite les pays de la rive gauche de la Seine qui l'attirent et la retiennent: à la fin de l'été, elle séjourne dans le comté d'Eu[213]; au temps des vendanges, elle vient boire «le vin nouvel» sur les bords de l'Oise[214]; Beauvais est le centre d'où elle rayonne pendant les mois d'automne et d'hiver, accompagnée du Roi et du duc de Touraine; c'est du moins à Beauvais que la rejoignent les cavaliers chargés de transmettre ses commissions et de rapporter les objets commandés[215]. En novembre, le pèlerinage de Fromont-l'Abbaye, à Noyon, reçoit sa visite et ses offrandes de drap d'or, équitablement réparties entre Notre-Dame et Saint-Eloi[216].
[211] Arch. Nat. KK 18, fº 183 rº et 228 rº.—Pont-de-l'Arche, ch.-l. de canton, arr. de Louviers, dép. de l'Eure.—Bon Port était une abbaye bénédictine fondée par Richard Cœur de Lion.
[212] Le racamas était une étoffe brodée.
[213] Arch. Nat. KK 18, fº 211 rº.
[214] Ibid., fº 228 vº.
[215] Ibid., fº 192 vº.—Perrin Hardi, voiturier, apporte pour le Roi et la Reine des hanaps de madre.
[216] Saint Eloi, très vieille abbaye bénédictine, située à l'est et à peu de distance de Noyon. Gallia Christiana... t. IX, col. 1055.
Dans ce même pays, à Saint-Eloi-lès-Noyon, eurent lieu les fiançailles de l'amie de la Reine, Catherine de Fastavarin, avec le chevalier Morel de Campremy (28 novembre). Le Roi assistait à la signature du contrat[217]. Catherine était un des principaux personnages de la cour; dans les comptes de l'Argenterie, son nom se rencontre séparé de ceux des autres demoiselles d'honneur; elle est du reste qualifiée «compagne de la Reine», et certains objets ou vêtements de luxe sont partagés entre Isabeau et Catherine, à l'exclusion de toutes les autres dames[218].
[217] Arch. Nat. J. 408, pièce 41.