[267] On lit dans les Antiquités nationales de Louis Millin, (Paris, 1790-1799, 5 vol. in-4º, t. I, p. 34) qu'avant la Révolution, «les monuments reproduisant l'image d'Isabeau de Bavière étaient assez communs».—Il n'en reste plus aujourd'hui qu'un petit nombre et de médiocre valeur. Les plus intéressants sont: la représentation de la statue tombale de la Reine à Saint-Denis, Bibl. Nat., Estampes Oa 13, fº 9 et Pe 1a, fº 44,—la copie d'un portrait d'Isabeau en costume de cour, tiré du cabinet de Gaignières, Bibl. Nat., Estampes Oa 13, fº 6;—une miniature du Musée Britannique, (ms. Harleyem 441) où la Reine est représentée au milieu de ses dames recevant l'hommage d'un livre de Christine de Pisan;—enfin deux miniatures placées en tête d'un manuscrit de Froissart exécuté au xve siècle: Entrée de la Reine à Paris, et Joûtes en son honneur, Bibl. Nat. f. fr. 2648, fº 1.—Millin dans ses Antiquités Nationales (t. I, nº 1, pl. 3 et 4, p. 30-34,) a reproduit cinq statues qui, en 1789, surmontaient le portail de la Bastille donnant sur la rue Saint-Antoine, et il suppose que ces figures étaient celles de Charles VI, d'Isabeau de Bavière et de deux de leurs fils en prière devant saint Antoine de Padoue.—M. Bournon dans son Histoire de la Bastille, (Coll. des Doc. sur l'Hist. Gén. de Paris, 1893, in-4º, p. 12) n'accepte pas cette hypothèse; d'après lui les statues représenteraient Charles V, Jeanne de Bourbon et leurs deux fils, Charles et Louis. L'examen du costume et de la coiffure de la Reine nous rallie à l'opinion de M. Bournon.

Donc Isabeau n'avait ni un beau corps, ni des traits réguliers; mais elle rachetait «sa bassesse[268]» par ses heureuses proportions; son visage avait «grand joliveté[269],» c'est-à-dire de la vivacité et de l'agrément; son teint brun, «sa laide peau[270]», paraissaient étranges; sa personne dégageait un charme piquant:

«..... et jolie et avenans

que plaisamment recompensoit

la deffaulte de sa beaulté[271].

[268] Le Pastoralet, vers 158..., p. 578.

[269] Ibid.

[270] Le Songe Véritable, vers 2838..., p. 296.

[271] Le Pastoralet..., p. 578.—Il y a loin de cette jeune femme à la fois étrange et attrayante, à la Reine, perfection de beauté, que décrivent certains historiens, d'après la tradition, disent-ils. Mais en vérité, celle-ci ne pourrait s'appuyer que sur les éloges non moins partiaux qu'emphatiques prodigués par les chroniqueurs bavarois à leur jeune princesse. Froissart, qui si volontiers trace le portrait des belles dames et qui avait assisté aux fêtes d'Amiens, est muet sur les charmes d'Isabeau.

A cette époque, le caractère de la Reine ne s'est encore révélé par aucune œuvre de volonté. Isabeau contenait sans doute ses sentiments intimes ou les dissimulait, car, très surveillée par les Princes, elle ne pouvait satisfaire ses penchants ni ses caprices; n'était-elle pas du reste absorbée, tout entière, par sa seconde éducation et les nouveautés du milieu où elle se trouvait transplantée? Excessivement pieuse, puisque, dans cette Cour où les exercices religieux étaient en très grand honneur, elle semble se distinguer par ses pratiques assidues et singulières; elle était dévotieuse à la mode de Bavière, et même, l'ostentation de ses œuvres pies et l'affectation de son zèle pour certains autels privilégiés font penser aux superstitieuses coutumes de la pompeuse Italie.