Vingt-quatre cottes hardies à chevaucher pour les dames; vingt-deux pour les damoiselles furent taillées dans les plus belles pièces de drap vert brun de Bruxelles et doublées en taffetas vert clair de Malines, ou en drap clairet de Rouen. Sur la manche gauche des dames, on appliqua des broderies de genêts d'or à la devise du Roi[317], faites de fil d'or et d'argent de Chypre, qui se répétaient sur les chaperons, de même drap et de même couleur. Les damoiselles eurent aussi leur manches gauches et leurs chapeaux ouvrés de broderies, mais moins nombreuses et faites seulement de fil d'argent[318]. Cent vingt aunes de «lacs de soie, les uns de soie vert plein, les autres de soie vert broché d'or», furent distribuées aux dames pour conduire les chevaliers au champ des joutes[319]. La robe de la Reine était de velours vermeil, en graine, doublée de taffetas de la même nuance[320]; de couleur vermeil étaient encore les costumes du Roi et du duc de Touraine[321].
[317] Charles VI eut plusieurs devises: le cerf-volant qui avait été une des devises de son père,—la cosse de genêt qu'il avait prise de Louis IX, mais à laquelle il alliait les branches d'un grand arbre ou May, c'est-à-dire un feuillage d'arbre comme il est au mois de mai, etc. Les Mots, c'est-à-dire les paroles sentencieuses que Charles VI choisissait comme âmes de ses devises étaient en ces années: Espérance ou Jamais. Voy. Jal, Dictionnaire critique de Biographie et d'Histoire, (Paris, 1867), p. 364 et 893.
[318] Arch. Nat. KK 20, fº 87 rº et 93 vº.
[319] Arch. Nat. KK. 20, fº 92 vº.
[320] Ibid., fº 87-93.
[321] Ibid. «Deux habits a vestir a dansser pour le roi et le duc de Touraine en satin vermeil et semés de branches de genestres de vert cousues de rouge.» Arch. Nat. KK. 20, fº 91 vº.
Pendant la durée des fêtes, l'Abbaye de Saint-Denis fut la résidence du Roi, de la Reine et du duc de Touraine; y logeaient aussi les officiers de la cour, les dames qui formaient la suite d'Isabeau et celles qui étaient venues de lointains pays pour lui faire cortège. Tous ces hauts personnages se trouvaient installés, le samedi premier mai, au coucher du soleil[322]. Bientôt arriva, en grand appareil, la duchesse douairière d'Anjou[323], accompagnée de ses deux fils[324].
[322] Religieux de Saint-Denis, Chronique..., t. I, p. 589.
[323] Marie de Châtillon, fille du célèbre comte Charles de Blois et de Jeanne de Bretagne, veuve en 1384 de Louis I d'Anjou, prit la tutelle de ses enfants et gouverna si sagement les revenus du comté de Provence qu'elle en tira des subsides pour continuer en Italie la guerre commencée par son mari (le Père Anselme, Histoire généalogique..., t. I, p. 229).
[324] Louis II, duc d'Anjou, né en 1377, prenait le titre de roi de Naples, de Sicile, de Jérusalem et d'Aragon.—Charles, son frère, était comte de Roucy, seigneur de Guise, comte d'Etampes et de Gien. Ibid.