La liste des personnes composant cette assistance féminine nous a été conservée; la lecture en est intéressante: les plus grands noms de France viennent d'abord, puis ceux des femmes de noblesse récente dont les maris occupaient de grandes charges dans l'administration judiciaire ou financière du Royaume; ensuite les noms très nombreux de damoiselles et de filles de chevaliers et de ministres, enfin ceux de dix-sept des plus riches bourgeoises de Paris.

A la vue du chatoyant spectacle offert par ces dames, damoiselles et roturières, toutes richement parées, et sans doute harmonieusement groupées, le Religieux de Saint-Denis fut saisi d'enthousiasme; «On se serait cru, dit-il, transporté au milieu de cette assemblée de déesses, dont parlent les anciens poètes[331]». Aussi bien, c'était un aréopage, puisque le soir, au souper, les dames distribuèrent des prix aux chevaliers les plus valeureux. Mais alors, paraît-il, les déesses s'humanisèrent, et quelques-unes, à la faveur de la mascarade, accordèrent le prix d'amour. C'est du moins ce que l'austère religieux crut voir, lorsqu'il glissa un coup d'œil furtif dans la salle du festin transformée en salle de bal[332].

[331] Religieux de Saint-Denis, Chronique..., t. I, p. 595.

[332] Religieux de Saint-Denis..., t. I, p. 597-599.

Le mardi, les écuyers à leur tour, combattirent en présence d'Isabeau; ils furent conduits et récompensés par des damoiselles comme les chevaliers l'avaient été, la veille, par des dames.

Le même jour, dans la basilique, un service solennel fut célébré en l'honneur de la mémoire de Du Guesclin, mort depuis neuf ans, et, devant les princes et les seigneurs vêtus de leurs costumes de deuil, l'oraison funèbre du connétable fut prononcée; mais la Reine ne dut pas assister à cette imposante cérémonie militaire, car le chroniqueur ne fait aucune allusion à sa présence[333].

[333] Ibid.

Les réjouissances et divertissements durèrent encore tout le cinquième jour; quand ils prirent fin, le Roi remercia de leur concours les seigneurs étrangers et les chevaliers français venus de loin; il complimenta, en termes gracieux, les dames qui avaient formé autour de la Reine comme une couronne de jeunesse, de beauté et de richesses; puis il fit distribuer de nombreux cadeaux, presque tous magnifiques: c'étaient des joyaux d'or et d'argent, des drap d'or et de soie, des fourrures, des hanaps d'or, des anneaux enrichis de diamants, des images de Notre-Dame, etc; les bourgeoises de Paris reçurent, pour leur part, deux pièces d'écarlate vermeil de Bruxelles. Ensemble tous ces présents avaient coûté la grosse somme de neuf mille cinq cent soixante-quinze livres six sous tournois[334].

[334] Arch. Nat. KK 20, fº 9 rº