ENTRÉE A PARIS D'ISABEAU DE BAVIÈRE
22 Août 1389.
(D'après une miniature des Chroniques de Froissart).
Et, en effet, toutes ces décorations causent à Isabeau un réel enchantement; elle s'arrête aux étonnantes curiosités, sortes de surprises, qui avaient été ménagées de distance en distance. C'est d'abord une fontaine, couverte de drap d'azur semé de fleurs de lis, qui verse à flots claret et piment, recueillis dans des hanaps d'or par une troupe de jeunes filles dont les riches parures et les chapels d'or étincellent au soleil et qui chantent de délicieuses mélodies.
Plus loin, une longue halte est nécessaire: c'est au spectacle d'une vraie bataille que la Reine est priée d'assister, et quel combat! Sur un échafaud, au bas du moutier de la Trinité[368], deux groupes de guerriers vont en venir aux mains: douze seigneurs chrétiens, dans le costume des croisés, écartelés à leurs armes, sous le commandement de Richard Cœur-de-Lion; en face une troupe de Sarrazins conduits par Saladin, tandis que le Roi de France domine la scène entouré de ses douze pairs, «tous armoyés de leurs armes», et donne le signal de l'engagement.
[368] L'Hôpital de la Trinité était situé rue Saint-Denis, en face de la rue Saint-Sauveur.
Parvenue à la seconde porte Saint-Denis[369], la Reine peut avoir l'illusion de pénétrer dans le Paradis car, en levant les yeux, elle aperçoit la sainte Trinité et une théorie d'anges: ceux-ci entonnent une hymne sacrée; au moment où elle contemple «Dieu le Père séant en sa majesté», le ciel s'ouvre, et, doucement deux chérubins lui posent sur le chef une couronne d'or et de pierreries; ils chantent:
«Dame enclose entre fleurs de lis,
Reine êtes-vous de Paris
De France et de tout le pays.
Nous en rallons en Paradis.»
[369] La deuxième porte Saint-Denis, de l'enceinte de Philippe-Auguste, s'élevait près de l'impasse des Peintres, au point d'intersection de la rue Turbigo et de la rue aux Ours. Voy. Legrand, Paris en 1380, p. 64, note 3 et Le Roux de Lincy, Paris et ses Historiens, p. 228 note 4.—Il y avait une troisième porte Saint-Denis, construite antérieurement à l'enceinte de Philippe Auguste, au coin de la rue des Lombards.