[435] Bibl. Nat. f. fr. 20 367, fº 72.

Quelques jours après cette date, la Reine se trouvait installée, avec Valentine de Milan, au château de Saint-Germain-en-Laye. La jeune duchesse ne devait pas tarder à y pleurer la mort de son premier né qui ne vécut que deux mois[436]. Quant à Isabeau, pour la quatrième fois, en cinq années de mariage, elle était enceinte.

[436] Jarry, Vie politique de Louis d'Orléans, p. 58 et 59.

A la fin de juillet, le Roi et le duc de Touraine vinrent rejoindre leurs femmes à Saint-Germain où ils demeurèrent jusqu'à la dernière semaine d'août. Là, Charles VI vit un jour, à la suite d'un orage formidable, la Reine bouleversée, puis terrifiée au point de donner des inquiétudes. A l'heure où la messe était célébrée, le ciel soudain s'obscurcit, le tonnerre gronda, et les éclairs déchirèrent les ténèbres qui enveloppaient le château, pendant qu'un vent furieux déracinait les plus vieux arbres de la forêt, arrachait de leurs gonds les portes des chambres et brisait les vitres de la chapelle. L'officiant, baissant la voix, se hâtait de terminer le sacrifice, et tous les assistants se prosternaient la face contre terre[437]. Isabeau fut très profondément ébranlée; son moral surtout avait été impressionné par l'épouvantable phénomène qu'elle regardait comme la manifestation de la colère céleste contre la Maison de France, et il lui semblait qu'elle avait échappé, par miracle, au plus grand des dangers. Un pèlerinage pourra seul rendre un peu de calme à son esprit; aussi voit-on ses serviteurs s'empresser aux préparatifs d'un départ. Ils achètent des coffrets pour y enfermer les robes, et «du gros drap pers de Louviers, à faire sacs pour mettre dedans les livres pieux et les roumans» dont Isabeau faisait sa lecture et sa distraction et portait en ses voyages[438].

[437] Religieux de Saint-Denis, Chronique..., t. I, p. 685-687.

[438] Arch. Nat. KK. 21, fº 28 vº.

La Reine quitte Saint-Germain dans les derniers jours d'août, suivie de toute sa Maison dont le fonctionnement régulier n'était nullement dérangé par les déplacements. Le 26, passant par Paris, elle couche au Palais où se trouve le Roi[439]; le 1er septembre, elle est à Pontoise[440]; elle y reçoit une lettre, datée de Chauny[441], du duc de Touraine qui chasse avec Charles VI aux environs de Compiègne[442]. Elle gagne ensuite Maubuisson[443], où elle demeure quelques jours, le duc de Touraine vient l'y rejoindre, puis en sa compagnie, elle retourne à Pontoise; c'est là que lui sont remises, le 11 septembre, des lettres envoyées de Compiègne par le Roi[444]; après Maubuisson, elle visite Saint-Sanctin et Chartres (octobre)[445] tandis que Charles VI se rend à Beauvais, d'où il lui mande de ses nouvelles[446]. Elle passe les fêtes de la Toussaint à l'Abbaye de Villiers-lez-la-Ferté-Alais[447].

[439] Ibid.

[440] Arch. Nat. KK. 30, fº 97 rº.

[441] Chauny, ch-l. de canton, arr. de Laon, dép. de l'Aisne.