—Aussi pourquoi nous entraîne-t-il à cela? je n'y songerai pas sans lui.—Ni moi!—Ni moi!—Ni moi! cinq fois répété, fut tout ce qu'ils trouvèrent pour sauver leur chef du piége qu'ils avaient évité. Seulement ils soupèrent assez mal ce soir-là, et quelques-uns rêvèrent de gendarmes.
Antony ne rêvait pas. Toute son intelligence était éveillée par l'air froid et vindicatif des deux domestiques, ses vrais maîtres alors, résolus à le lui prouver rudement. Ils avaient commencé par lui lier les bras et les jambes, et se disposaient à le descendre à la cave; avec des menaces effrayantes. Le fier Antony ne proférait pas une parole. Il regardait ses liens qui lui faisaient mal; il songeait à l'inquiétude de sa mère.... C'était affreux! mais il ne pleurait pas; son coeur seul disait au fond de lui-même:—Ma mère!
—Finissons, dit l'un des hommes, en faisant signe à l'autre d'emporter avec lui l'enfant, qui devint très-pâle, mais qui ne baissa point ses yeux pleins de courage.
A l'instant même on frappa trois coups à la porte de la rue.
—C'est monsieur, dirent-ils, car il sonne ordinairement trois fois. Va, petit brigand, ton affaire est faite, recommande ton âme à Dieu.
Antony crut qu'il allait voir apparaître un ogre. Le frisson passa dans ses cheveux et les fit lever; mais son regard curieux ne se mouilla pas d'une larme.
Le bon rentier, qui était le moins ogre des hommes, ne trouva pas dans la perle de son pied de biche une raison suffisante pour mettre en cave et faire mourir peut-être l'imprudent qu'on avait garrotté: mais après avoir un peu rêvé sur le trouble que de telles actions répandent souvent dans des maisons paisibles, il ordonna qu'on fît avancer une voiture à l'heure.
Pendant qu'on la cherchait, Antony dans l'immobilité où le retenaient ses liens, eut les yeux bandés sans qu'il lui fût fait le moindre mal.
Alors la voiture arriva. Le rentier, touché du jeune âge et du maintien sans bassesse du prisonnier, l'interrogea en grossissant sa voix.
—Votre nom? celui de votre famille? votre demeure?»