Quoi, monsieur, vous feriez ce voyage! s'écria Antony, plein de reconnaissance. Il lui dit alors le nom de son père, sa demeure à Paris et se laissa conduire soumis par ce guide si différent de ceux qui l'avaient emporté du pays natal.
Après quelques détours qui ne lui semblaient que les commencements d'un voyage pénibles, l'homme qui l'avait doucement enveloppé dans son manteau s'arrêta en disant: Nous y sommes.
—Où donc, s'écria d'une voix craintive Antony, sans se reconnaître encore, et croyant rêver.
—Chez votre père, dont voici la maison. Et il frappa de manière à ce qu'on ne tarda pas à leur ouvrir.
Quelles furent la surprise, la joie et les transports d'Antony, en se retrouvant à sa porte comme par enchantement! quand il tomba dans les bras de sa mère inquiète depuis deux heures de ne pas le voir rentrer! Quand il la couvrit de ses larmes en lui racontant sa faute, qu'il lui montra son sauveur, qu'il prenait alors pour Jésus-Christ lui-même; car il avait fait un miracle!
—Oh! qui donc êtes-vous, monsieur? dit la mère, en se penchant vers l'étranger pour le bénir.
—Le rentier, madame, qui se trouvera bien heureux, s'il a corrigé l'enfant et consolé la mère.
Je dois vous avouer qu'Antony sanglota de repentir dans les bras du bon rentier, et qu'en essuyant ses yeux rouges, il s'écria tout à coup:
—Je te rendrai ton pied de biche!»
—Non, dit en souriant le rentier qui devint le meilleur ami d'Antony; je vous le donne comme un talisman pour entrer à toute heure dans ma maison.