Par les devoirs sans bruit où s'effeuillent vos charmes;

Après vos jours d'encens dont j'ai bu la douceur,

Quand vous aurez souffert, appelez-moi: ma soeur!

MINETTE.

Ah! que j'ai vu une triste chose! Il m'en coûte beaucoup de vous la raconter; mais elle peut servir de leçon à quelques enfants, si par malheur, il s'en rencontrait encore de pareils à Minette. J'en prends donc le courage.

Minette passait chaque année une partie des vacances chez une amie de sa mère, car Minette était en pension, parce que sa mère avait des enfants très petits à élever. Il faut bien vous avouer que Minette révélait un caractère si absolu, si despotique, à sept ans que force était déjà de soustraire de plus faibles créatures à sa domination. Hyacinthe était de son âge, et bien qu'elle fut liante et bonne comme un agneau, mademoiselle Minette était bien obligée de faire, suivant l'expression, patte de velours, car Hyacinthe était calme et forte. La douce simplicité de son caractère se rehaussait des dehors les plus beaux; leur aimable puissance s'exerçait sur Minette elle même qui n'osait que bien rarement lui dire: je veux! mais, par combien de ruses, l'orgueilleuse ambition de son amitié arrivait-elle au but d'asservir tout ce qui avait le malheur de lui plaire! je dis le malheur, car, j'en connais peu qui fatiguent le coeur plus qu'une amitié tyrannique.

Nous n'avons pas le droit d'opprimer nos amis.

Ainsi donc, bien que la complaisance d'Hyacinthe fut charmante pour les mobiles fantaisies de Minette, on ne craignait pas qu'elle en souffrit, car elle cédait toujours avec le sourire sur les lèvres.

Personne ne s'apercevait des mille petits sacrifices qu'elle faisait à la tenace persévérance de sa bonne amie; elle-même ne s'en doutait pas peut-être, car elle y trouvait, je ne sais quel plaisir tranquille qu'un bon coeur goûte à voir les autres heureux de l'abnégation de ses goûts. Vraiment, Hyacinthe était une aimable enfant!